La visite secrète de Benyamin Netanyahu aux Émirats arabes unis intervient dans un climat régional sous tension, marqué par la guerre à Gaza et l’incertitude diplomatique autour de l’échéance du 26 mars. Le déplacement, non officialisé par le cabinet du Premier ministre israélien, illustre la prudence d’Abou Dhabi à l’égard d’un partenaire devenu encombrant depuis le déclenchement des hostilités. Il témoigne aussi du fait que les canaux bilatéraux ouverts par les accords d’Abraham, signés en 2020, restent actifs en dépit du gel apparent des manifestations publiques de rapprochement.
Une diplomatie de l’ombre dictée par le calendrier du 26 mars
La date du 26 mars cristallise les attentions à Tel-Aviv comme à Abou Dhabi. Elle correspond à un point de bascule diplomatique que les chancelleries de la région suivent de près, qu’il s’agisse d’arbitrages internes à la coalition israélienne, d’un horizon de négociation autour des otages détenus à Gaza ou d’une étape dans le réalignement amorcé avec Washington. Le choix d’un déplacement discret, plutôt qu’une rencontre annoncée, vise à préserver les marges de manœuvre des deux parties. Pour Netanyahu, voir et être vu à Abou Dhabi sans communiqué officiel revient à tester la capacité du partenariat émirati à survivre à la séquence gazaouie.
Côté émirati, la retenue procède d’un calcul plus large. La fédération dirigée par Mohammed ben Zayed entend conserver son rôle de plateforme de médiation tout en ménageant une opinion arabe sensible aux images venues de Gaza. Recevoir le chef du gouvernement israélien sans publicité permet d’éviter une polémique régionale, tout en préservant les flux économiques, sécuritaires et technologiques noués depuis quatre ans. Les Émirats restent, à ce stade, le principal débouché des accords d’Abraham, devant Bahreïn et le Maroc.
Les accords d’Abraham à l’épreuve de Gaza
Depuis l’attaque du 7 octobre 2023 et la riposte israélienne, le cadre normalisateur conçu sous la première administration Trump traverse sa plus sérieuse zone de turbulences. Abou Dhabi a multiplié les avertissements publics sur la nécessité d’une perspective politique pour les Palestiniens, condition posée à toute participation à la reconstruction de Gaza. Les autorités émiraties refusent d’apparaître comme un sous-traitant sécuritaire de l’après-guerre, tant qu’aucun horizon de solution à deux États n’est crédibilisé. Cette ligne, répétée par le ministre Anwar Gargash, constitue la toile de fond de la rencontre clandestine.
Pour Netanyahu, l’enjeu est inverse. Le Premier ministre cherche à démontrer à son opinion et à sa coalition que la normalisation n’est pas remise en cause, alors que la perspective d’un accord avec Riyad s’éloigne. Maintenir un canal direct avec Mohammed ben Zayed offre un atout politique intérieur, dans la perspective d’éventuelles élections anticipées. Reste que la dissimulation du déplacement souligne le coût d’image que représente désormais Israël pour ses partenaires arabes.
Recomposition stratégique dans le Golfe
L’épisode s’inscrit dans une recomposition plus large des équilibres régionaux. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier a relancé les spéculations sur une extension des accords d’Abraham, possiblement à l’Arabie saoudite, voire à des pays africains. Les Émirats, qui pilotent une partie de ces discussions en coulisses, conditionnent leur engagement à une stabilisation du dossier palestinien. Abou Dhabi pousse également pour une architecture sécuritaire régionale incluant un contrepoids à l’Iran, dont l’influence a été affaiblie par les revers du Hezbollah et la chute de Bachar el-Assad fin 2024.
Pour les capitales africaines partenaires d’Israël comme des Émirats, cette diplomatie souterraine n’est pas anodine. Plusieurs États du Sahel et de la Corne de l’Afrique entretiennent des coopérations militaires et technologiques avec les deux pays, dans les domaines du renseignement, des drones et de la cybersécurité. La tonalité de la relation Tel-Aviv–Abou Dhabi conditionne, à terme, la qualité de ces partenariats triangulaires. La rencontre secrète, si elle se confirme dans tous ses détails, marque une volonté commune de préserver l’acquis, sans en payer publiquement le prix politique.
Selon Dakaractu, la visite n’a fait l’objet d’aucune communication officielle de la part des autorités israéliennes ou émiraties.
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