Nabih Berri érige le retour des déplacés du Sud en priorité absolue

Scenic view of Faraiya's landscape with misty clouds at sunrise in Lebanon.Photo : Jo Kassis / Pexels

Le président de la Chambre des députés libanaise, Nabih Berri, a placé la question du retour des habitants déplacés du Sud-Liban au sommet de ses préoccupations politiques. Dans une formule lourde de symbole, le chef d’Amal a affirmé que ce retour équivalait pour lui à la basmala, l’invocation « Au nom de Dieu le Clément le Miséricordieux » qui ouvre les sourates coraniques. La référence, inhabituelle dans le langage parlementaire, traduit l’intensité de la pression politique pesant sur le pouvoir libanais depuis la guerre déclenchée à l’automne 2023 entre le Hezbollah et Israël.

Une formule sacrée pour un dossier explosif

En convoquant un registre liturgique, le président de l’Assemblée envoie un signal à la fois à sa base chiite, durement éprouvée par les bombardements israéliens, et aux médiateurs internationaux. Les villages frontaliers de Kfar Kila, Aïta el-Chaab, Mais el-Jabal ou encore Bint Jbeil demeurent en grande partie inaccessibles, leurs habitants dispersés entre Beyrouth, la Bekaa et les zones de repli du Sud. Pour Nabih Berri, figure tutélaire du chiisme politique libanais depuis quatre décennies, la question du retour conditionne la crédibilité de l’État et la légitimité du compromis trouvé en novembre 2024.

Le chef du mouvement Amal entend rappeler que l’accord de cessation des hostilités, négocié sous l’égide de Washington et de Paris, ne saurait se réduire à un simple gel militaire. Le retrait israélien des positions encore occupées au sud du fleuve Litani et la réhabilitation des localités détruites constituent, selon lui, le cœur de l’engagement pris envers les populations sinistrées. Sans ce volet, l’accord risque de devenir une coquille vide.

La reconstruction du Sud, test de souveraineté

Le dossier du retour engage bien plus que la sphère humanitaire. Il met à l’épreuve la capacité de l’État libanais à reprendre pied dans une région longtemps administrée de facto par le Hezbollah et l’Armée libanaise, avec l’appui de la Finul. Les estimations circulant à Beyrouth chiffrent les besoins de reconstruction à plusieurs milliards de dollars, dans un pays dont les finances publiques sont sinistrées depuis l’effondrement bancaire de 2019. Aucun bailleur du Golfe ne s’est, à ce stade, engagé fermement, conditionnant son éventuelle contribution à des réformes structurelles et à un encadrement strict de l’influence du parti chiite armé.

Concrètement, la diplomatie libanaise tente d’obtenir des garanties écrites sur le calendrier de retrait israélien et sur la levée des restrictions imposées aux travaux de déblaiement. Plusieurs villages restent classés zones de tir, empêchant le retour de familles entières dont les maisons n’ont parfois subi que des dégâts partiels. La pression exercée par Nabih Berri vise précisément à débloquer ces verrous opérationnels, en mobilisant les canaux qu’il entretient avec les émissaires américains et français.

Un équilibre politique sous tension

La déclaration du président du Parlement intervient dans un contexte intérieur fragile. Le gouvernement dirigé depuis février 2025 cherche à afficher une cohésion sur la doctrine de défense et sur le monopole étatique des armes, sujet hautement sensible compte tenu de l’arsenal du Hezbollah. Reste que la priorité accordée au retour des déplacés constitue un terrain de consensus possible entre les composantes du pouvoir, y compris pour les acteurs chrétiens et sunnites qui contestent par ailleurs l’influence du tandem chiite.

Par ailleurs, la base sociale du mouvement Amal et du Hezbollah attend des résultats tangibles. Le sentiment d’abandon nourrit une frustration croissante dans les régions du Sud et de la banlieue sud de Beyrouth, où la reconstruction informelle progresse lentement faute de financements consolidés. En posant le retour comme un acte fondateur, Nabih Berri tente de réinscrire son mouvement dans une logique de service rendu aux populations, à distance des affrontements doctrinaux.

Le calendrier diplomatique des prochaines semaines, marqué par de nouvelles tournées des envoyés occidentaux à Beyrouth, dira si cette posture parvient à débloquer des engagements concrets. Selon Al Akhbar.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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