Niger : plus d’un demi-million de déplacés internes recensés par l’ONU

A young boy walks through a refugee camp in Idlib, Syria, wearing a backpack.Photo : Ahmed akacha / Pexels

Le Niger compte désormais plus d’un million de personnes en situation de déplacement forcé, selon les données diffusées cette semaine par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Sur ce total, plus de la moitié sont des déplacés internes, contraints de quitter leur localité d’origine sans franchir de frontière. Les autres relèvent du statut de réfugié ou de demandeur d’asile, accueillis sur le sol nigérien après avoir fui des conflits voisins. Ces chiffres confirment la dégradation continue d’une crise humanitaire qui s’inscrit désormais dans la durée.

Un déplacement interne concentré dans le sud du pays

La géographie du déplacement épouse celle de l’insécurité. Les déplacés internes nigériens se regroupent essentiellement dans deux régions du sud du pays, exposées aux exactions de groupes armés affiliés à la mouvance djihadiste sahélienne. Tillabéri, à la frontière avec le Mali et le Burkina Faso, et Diffa, dans le bassin du lac Tchad, demeurent les zones les plus touchées par les attaques contre les villages, les enlèvements et les opérations de représailles. Ces territoires concentrent à la fois des populations civiles fragilisées par des décennies de pauvreté rurale et des dispositifs sécuritaires sous tension.

La frontière occidentale, dite zone des trois frontières, reste un foyer d’instabilité que les autorités peinent à stabiliser malgré la réorientation stratégique opérée depuis le coup d’État de juillet 2023. Les autorités militaires de transition, regroupées au sein de l’Alliance des États du Sahel avec Bamako et Ouagadougou, ont rompu plusieurs partenariats sécuritaires occidentaux sans encore obtenir de résultats tangibles sur le terrain. La pression exercée par les groupes terroristes continue de provoquer des mouvements de population, par vagues, vers les chefs-lieux régionaux ou les zones urbaines mieux protégées.

Une mosaïque de réfugiés venus des pays voisins

Le Niger demeure paradoxalement une terre d’accueil dans un environnement régional saturé de crises. Le pays héberge des réfugiés maliens fuyant la persistance des affrontements dans le nord et le centre du Mali, des Burkinabè chassés par l’extension du djihadisme dans le Sahel central, ainsi que des Nigérians originaires des États du nord-est confrontés à Boko Haram et à sa dissidence ISWAP. À ces flux s’ajoutent des populations transitant depuis le Soudan ou d’autres foyers de tension plus lointains, dans un contexte de saturation des capacités d’accueil.

Cette imbrication des crises fait du Niger un carrefour humanitaire dont la gestion dépasse les seuls moyens nationaux. Le HCR qualifie l’environnement opérationnel de complexe, formulation qui recouvre à la fois l’insécurité physique, les difficultés d’accès aux populations et les contraintes administratives accrues depuis le changement de régime. Les organisations humanitaires composent avec un cadre réglementaire resserré, alors même que les besoins en assistance alimentaire, en abris et en services de base progressent.

Un financement humanitaire sous tension

La question du financement demeure centrale. Les plans de réponse humanitaire pour le Sahel central souffrent depuis plusieurs exercices d’un déficit chronique, accentué par la réorientation des budgets internationaux vers l’Ukraine et le Proche-Orient. Au Niger, la suspension partielle de certains programmes bilatéraux après juillet 2023 a fragilisé les chaînes d’approvisionnement et la prise en charge des populations vulnérables. Les bailleurs occidentaux ont maintenu une part de leur aide humanitaire stricto sensu, mais coupé les financements liés au développement et à la gouvernance.

Pour les autorités de Niamey, le défi consiste désormais à articuler une réponse souveraine avec la nécessité de préserver un accès humanitaire effectif. Les ressources nationales, contraintes par les sanctions levées de la Cedeao puis par la sortie de l’organisation régionale, ne permettent pas d’absorber seules le poids de plus d’un million de déracinés. La pérennisation de cette crise pose enfin la question du retour : sans reconquête territoriale durable face aux groupes armés, les déplacés du sud nigérien risquent de s’inscrire dans une vulnérabilité de long terme. Selon RFI Afrique.

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Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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