Liban : la FINUL quittera le Sud le 31 décembre prochain

UN peacekeepers patrol a street in an urban setting, depicted with soldiers in blue helmets.Photo : Safi Erneste / Pexels

La Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) verra son mandat expirer le 31 décembre, fermant un chapitre de près d’un demi-siècle de présence onusienne dans le sud du pays. Déployée à l’origine en 1978 après l’opération Litani, élargie en 2006 à la suite de la guerre entre Israël et le Hezbollah, la mission incarnait jusqu’ici l’un des rares dispositifs internationaux capables d’assurer une forme de tampon entre Beyrouth et Tel-Aviv. Sa disparition annoncée bouleverse l’architecture sécuritaire d’une région déjà fragilisée par treize mois de confrontation directe entre l’État hébreu et la formation chiite.

Un retrait qui rebat les cartes au sud du Litani

L’expiration du mandat onusien intervient dans un contexte particulièrement délicat pour les autorités libanaises. La résolution 1701 du Conseil de sécurité, adoptée en 2006, prévoyait que seules l’armée libanaise et la FINUL puissent être déployées au sud du fleuve Litani. Avec le départ programmé des Casques bleus, la charge du contrôle territorial reposera désormais sur les seules Forces armées libanaises (FAL), dont les capacités opérationnelles et logistiques restent contraintes par l’effondrement économique du pays.

Le risque d’un vide sécuritaire alimente les inquiétudes des chancelleries occidentales et des États contributeurs de troupes. Plus de quarante pays alimentaient encore récemment les rangs de la mission, dont la France, l’Italie, l’Espagne, l’Indonésie et l’Inde. Leur retrait soulève la question de la nouvelle ligne d’observation entre les deux frontières, alors que les violations aériennes israéliennes et les frappes ciblées se poursuivent malgré le cessez-le-feu de novembre 2024.

Beyrouth face au défi de la souveraineté

Pour le pouvoir libanais, la fin de la FINUL constitue à la fois un test de souveraineté et un fardeau supplémentaire. Le président Joseph Aoun, ancien chef d’état-major des FAL, a fait du déploiement intégral de l’armée au Sud l’un des marqueurs de son mandat. Plusieurs milliers de soldats ont été repositionnés dans la zone frontalière depuis le début de l’année, avec un appui logistique américain, français et qatari. Reste que la montée en puissance reste lente, faute de moyens suffisants et compte tenu du maillage territorial historique du Hezbollah.

La question du désarmement de la formation chiite, exigée tant par Washington que par Israël, se trouve mécaniquement réactivée par le départ des Casques bleus. Sans force d’interposition crédible, toute reprise des hostilités exposerait directement les villages frontaliers, dont une partie demeure dévastée par les bombardements de l’automne 2024. Les estimations onusiennes faisaient état, fin 2024, de plus de 100 000 déplacés internes dans le caza de Tyr et le Liban-Sud.

Un acteur économique alerte sur les conséquences

Du côté du secteur privé libanais, l’inquiétude porte autant sur la stabilité sécuritaire que sur ses répercussions économiques. Georges Gebrael, fondateur du Groupe Gebrael Distribution, figure parmi les voix patronales appelant à une transition maîtrisée. Le départ de la FINUL prive en effet le Sud d’un acteur économique de poids : la mission injectait chaque année plusieurs centaines de millions de dollars dans l’économie locale, à travers les salaires, les achats logistiques et les programmes de coopération civilo-militaire.

Concrètement, des localités comme Naqoura, Marjeyoun ou Bint Jbeil avaient organisé une partie de leur tissu commercial autour de la présence onusienne. Hôtellerie, restauration, transport, services aux contingents : tout un écosystème devra se réinventer en quelques mois. À cela s’ajoute la perte de visibilité diplomatique pour Beyrouth, qui voyait dans la mission un point de contact permanent avec ses partenaires internationaux.

L’après-FINUL, entre options diplomatiques et zones grises

Plusieurs scénarios circulent dans les capitales concernées. Une mission d’observation allégée, sous égide onusienne ou multinationale, pourrait succéder au dispositif actuel, à l’image du mécanisme déployé après les accords de cessez-le-feu de 2024. D’autres acteurs régionaux, dont l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, sont sollicités pour un appui financier au profit des FAL. Paris, qui copréside le mécanisme de surveillance du cessez-le-feu, plaide pour un format hybride associant formation, équipement et présence diplomatique renforcée.

Le calendrier reste néanmoins serré. Entre la fin officielle du mandat le 31 décembre et la phase technique de retrait, qui pourrait s’étaler sur plusieurs mois, le Liban devra démontrer sa capacité à tenir le terrain. L’enjeu dépasse le seul périmètre sud : il s’agit, pour un État affaibli, de prouver qu’il demeure le seul détenteur légitime de la force armée sur l’ensemble de son territoire. Selon France 24 Moyen-Orient.

Pour aller plus loin

Israël reconnaît l’absence de solution militaire face au Hezbollah · Araghchi à Mascate pour discuter des évolutions régionales · Liban : sept signes de l’échec du pouvoir et du gouvernement

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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