Liban : 1 600 déplacés bloqués dans l’école Rafic Hariri II

Historic apartment building facade in vibrant Beirut, Lebanon showcasing urban life and architecture.Photo : Nemika F / Pexels

Au cœur de Beyrouth, l’école publique Rafic Hariri II est devenue, depuis l’escalade militaire avec Israël, l’un des plus vastes centres d’hébergement informels du Liban. Selon les informations rapportées par la presse libanaise, près de 1 600 personnes y sont encore logées, principalement originaires de la banlieue sud de la capitale, du Liban-Sud et de la plaine de la Bekaa. La situation, qui devait être transitoire, s’inscrit désormais dans la durée, faute de plan public clair pour le relogement ou le retour des déplacés.

Le bâtiment scolaire, conçu pour accueillir des élèves et non des familles entières, fonctionne aujourd’hui comme un abri de fortune. Les salles de classe ont été reconverties en chambres collectives, parfois partagées par plusieurs ménages. L’accès à l’eau, à l’électricité et aux sanitaires reste tributaire des dons et de l’intervention d’organisations humanitaires, dans un pays où la crise économique entamée en 2019 a déjà laminé les services publics.

Une crise du déplacement qui s’enracine

La guerre ouverte entre le Hezbollah et l’armée israélienne, intensifiée à l’automne 2024, a provoqué l’un des plus importants mouvements de population qu’ait connus le Liban depuis 2006. Les frappes répétées sur la banlieue sud de Beyrouth, le Sud et la Bekaa ont contraint des centaines de milliers d’habitants à fuir vers les zones réputées plus sûres. Beyrouth-Ouest, et notamment les écoles publiques de la capitale, ont absorbé une part considérable de ce flux.

Le cessez-le-feu n’a pas mis fin à cette pression. De nombreuses familles ne peuvent toujours pas regagner leur localité d’origine, soit parce que leurs habitations ont été détruites, soit parce que les zones frontalières demeurent inaccessibles ou exposées à de nouvelles frappes. À l’école Hariri II, certains résidents témoignent d’une attente qui dépasse plusieurs mois, sans visibilité sur la suite.

L’État libanais au pied du mur

Le slogan de la « sagesse de l’État » revendiqué par le pouvoir exécutif libanais se heurte à la réalité du terrain. Les déplacés interrogés disent attendre des décisions concrètes : aides financières directes, reconstruction des logements détruits, ou solutions de relogement intermédiaires. Or, les capacités budgétaires de Beyrouth restent extrêmement contraintes, le pays n’ayant pas encore conclu d’accord définitif avec le Fonds monétaire international (FMI).

Le ministère de l’Éducation, de son côté, subit une double pression. Tant que les écoles servent de centres d’accueil, l’année scolaire ne peut reprendre normalement dans les établissements concernés. Plusieurs municipalités de la capitale ont alerté sur l’impossibilité de planifier la rentrée tant qu’aucun calendrier d’évacuation des sites n’est arrêté. La question dépasse donc le seul volet humanitaire : elle engage la continuité du service public éducatif et la cohésion sociale dans une période politiquement explosive.

Une équation humanitaire et politique

Sur place, la coexistence forcée entre familles déplacées de régions différentes alimente parfois des tensions, notamment autour de la répartition des aides. Les organisations non gouvernementales présentes dans l’établissement notent une fatigue croissante des résidents, dont beaucoup ont perdu leurs revenus et n’ont plus de réseau de solidarité immédiat. Les enfants, scolarisés de manière irrégulière, paient un prix particulièrement lourd.

Le dossier des déplacés est aussi devenu un marqueur politique. Les forces représentant les régions les plus touchées, en particulier au Liban-Sud, exigent un plan d’urgence assorti de financements internationaux, tandis que d’autres acteurs réclament une gestion strictement étatique afin d’éviter la confessionnalisation de l’aide. Le compromis reste à construire.

Pour les 1 600 occupants de l’école Rafic Hariri II, l’horizon demeure suspendu à des arbitrages qui se prennent au-delà des murs de leur abri. Entre promesses gouvernementales et réalités budgétaires, la « sagesse de l’État » libanais se mesurera concrètement à sa capacité à offrir, dans les prochains mois, une issue digne à ces familles. Selon Al Akhbar.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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