Royal Air Maroc maintient sa desserte aérienne entre Casablanca et Bamako

Royal Air Maroc airplane taxiing on the runway at İstanbul Airport, showcasing airline design.Photo : Ali Said Güneş / Pexels

La compagnie Royal Air Maroc (RAM) continue d’assurer la desserte de Bamako depuis son hub de Casablanca, malgré la dégradation rapide du contexte sécuritaire au Mali. Cette liaison aérienne, l’une des dernières encore opérationnelles vers la capitale malienne, est devenue le principal corridor d’évacuation pour les ressortissants étrangers, en particulier européens, soucieux de quitter le pays. Depuis le 25 avril, une offensive conjointe associant groupes jihadistes et factions rebelles indépendantistes a profondément modifié la donne stratégique dans le nord et le centre du territoire.

Casablanca, plateforme d’évacuation pour les Européens au Mali

Les gouvernements français et belge ont successivement appelé leurs ressortissants présents au Mali à quitter Bamako dès que possible. Cette consigne, rare dans sa formulation, traduit l’inquiétude grandissante des chancelleries occidentales face à un environnement opérationnel devenu imprévisible. La RAM, en maintenant la rotation Casablanca-Bamako, joue de fait un rôle d’opérateur logistique critique, comparable à celui que jouent les transporteurs nationaux dans les épisodes de crise régionale.

Le hub de Casablanca constitue depuis plusieurs années une plateforme aérienne majeure pour le Sahel et l’Afrique de l’Ouest. La compagnie marocaine y a bâti un réseau dense reliant le royaume chérifien à une vingtaine de capitales africaines, position qu’elle entend préserver y compris dans les zones à fort risque. Pour les voyageurs en partance de Bamako, l’escale marocaine offre une connectivité quasi immédiate vers Paris, Bruxelles, Madrid ou Francfort, ce qui en fait une option naturelle pour les évacuations volontaires.

Une offensive conjointe qui rebat les équilibres sécuritaires

Le déclenchement, le 25 avril, d’une offensive coordonnée entre mouvements jihadistes et rebelles indépendantistes marque une rupture dans la dynamique du conflit malien. Cette convergence tactique, longtemps redoutée par les analystes régionaux, complique singulièrement la posture des autorités de transition à Bamako. Les axes routiers traditionnellement empruntés pour relier la capitale à Dakar ou Abidjan sont jugés trop exposés, ce qui renforce mécaniquement le rôle des liaisons aériennes encore actives.

Plusieurs compagnies internationales ont, ces derniers mois, suspendu ou réduit leurs vols vers Bamako, invoquant des considérations assurantielles et opérationnelles. Le maintien de la desserte par la RAM apparaît dès lors comme une exception notable, susceptible d’évoluer en fonction des évaluations sécuritaires conduites par la compagnie et par les autorités marocaines de l’aviation civile. La fréquence exacte des rotations n’a pas été communiquée publiquement, mais les vols quotidiens demeurent la norme historique sur cet axe.

Les enjeux diplomatiques de la connectivité aérienne

Au-delà de sa dimension commerciale, la ligne Casablanca-Bamako revêt désormais une portée diplomatique évidente. Rabat consolide, à travers cette continuité de service, son positionnement de partenaire fiable pour les pays sahéliens, alors même que les relations entre Bamako et plusieurs capitales européennes se sont distendues depuis le retrait de la force Barkhane et la rupture avec la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA).

Pour les autorités françaises et belges, la disponibilité d’un transporteur tiers fiable allège la pression diplomatique : il n’est plus nécessaire d’organiser un pont aérien militaire pour évacuer les ressortissants, à l’inverse de scénarios observés au Soudan en 2023 ou en Afghanistan en 2021. Cette externalisation de fait, vers une compagnie commerciale africaine, illustre la recomposition des chaînes logistiques d’urgence sur le continent.

Reste que la fenêtre opérationnelle pourrait se refermer rapidement si la pression militaire se rapproche de l’aéroport international Modibo-Keïta de Bamako-Sénou ou si les conditions d’assurance se durcissent. Les opérateurs comme la RAM réévaluent en continu leurs paramètres de risque, en lien avec l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) et les autorités locales. Pour l’heure, le pont aérien marocain tient, mais sa pérennité dépendra de la trajectoire d’une offensive dont nul, à Bamako comme à Rabat, ne peut prédire l’issue. Selon RFI Afrique.

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Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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