L’Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses alliés, regroupés au sein de l’OPEP+, s’acheminent vers une nouvelle hausse de leur production en juin. Selon une information de l’agence Reuters reprise par la presse libanaise, les huit pays membres engagés dans des coupes volontaires se sont entendus à titre préliminaire sur le principe d’un relèvement des quotas, dans le prolongement de la décision prise pour le mois de mai. La confirmation formelle est attendue à l’issue de la réunion ministérielle du groupe, dont l’agenda technique précédera l’annonce officielle.
Une stratégie d’ouverture progressive des vannes
Le mouvement amorcé pour mai avait déjà surpris les marchés par son ampleur. Le cartel élargi, piloté de fait par l’Arabie saoudite et la Russie, avait alors validé un retour de barils plus rapide qu’anticipé, rompant avec la logique défensive observée depuis 2022. Reconduire cette orientation en juin reviendrait à entériner un changement de doctrine durable, où la défense des parts de marché prend le pas sur la stricte gestion des prix. Pour Riyad, cette inflexion répond aussi à une exigence de discipline interne : plusieurs membres du groupe, à commencer par le Kazakhstan et l’Irak, dépassent régulièrement leurs quotas, ce qui érode la crédibilité du dispositif collectif.
La hausse envisagée concerne les huit pays qui appliquent des coupes volontaires additionnelles aux quotas officiels de l’OPEP+. Ce sous-groupe, qui inclut notamment l’Arabie saoudite, la Russie, les Émirats arabes unis, le Koweït, Oman, l’Algérie, le Kazakhstan et l’Irak, retire actuellement plusieurs centaines de milliers de barils par jour du marché. Le calendrier de réintégration progressive de ces volumes, annoncé l’an dernier, prévoyait un retour étalé jusqu’en 2026. Le tempo accéléré observé en mai et confirmé pour juin compresse de fait cette trajectoire.
Un marché pétrolier sous tension
L’arbitrage est délicat. Les cours du Brent évoluent depuis plusieurs semaines en deçà des niveaux jugés confortables par les budgets des principaux exportateurs du Golfe. La perspective d’un afflux supplémentaire de brut, conjuguée aux craintes de ralentissement industriel en Chine et aux effets différés des barrières tarifaires américaines, pèse sur les anticipations. Plusieurs banques d’investissement ont révisé à la baisse leurs prévisions de prix pour le second semestre, évoquant un marché potentiellement excédentaire si la demande ne se redresse pas.
Pour les économies productrices, l’équation budgétaire se complique. Le Fonds monétaire international estimait récemment le prix d’équilibre budgétaire saoudien au-delà de 90 dollars le baril, un seuil très supérieur aux cours actuels. La décision de produire davantage à prix déprimé traduit donc un calcul stratégique de plus long terme : reprendre la main sur des parts de marché captées par les producteurs hors OPEP, États-Unis en tête, et signaler aux récalcitrants internes qu’il n’y aura plus de tolérance pour les dépassements de quotas.
Implications pour l’Afrique et le Moyen-Orient
Au-delà des grands acteurs du Golfe, plusieurs producteurs africains membres ou affiliés à l’alliance suivent l’évolution de près. L’Algérie, qui participe au sous-groupe des coupes volontaires, devra ajuster son offre dans une fenêtre où ses recettes en devises restent sensibles à chaque dollar de variation du baril. Le Nigeria et l’Angola, sortis du dispositif des quotas additionnels, observent quant à eux la pression baissière sur les prix avec une inquiétude croissante, leurs cadrages budgétaires 2025 ayant été calibrés sur des hypothèses plus généreuses.
Pour les pays importateurs nets de la région, l’effet est inverse mais nuancé. Une détente durable des cours soulagerait les factures énergétiques de plusieurs économies d’Afrique francophone fortement exposées aux importations de produits raffinés, tout en allégeant la pression sur les subventions aux carburants. Reste que la volatilité induite par les arbitrages successifs de l’OPEP+ complique la planification budgétaire et les couvertures de change. La réunion technique du groupe, dont les conclusions formelles sont attendues dans les prochains jours, livrera le détail chiffré de la hausse retenue. Selon Al Akhbar, citant Reuters, le principe en est désormais acquis.
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