Le calendrier se précise pour Yaakar Teranga, projet gazier appelé à fournir du gaz naturel domestique aux centrales électriques sénégalaises à l’horizon début 2029. Cette échéance, désormais assumée par les autorités, marque une étape décisive dans la conversion progressive du parc thermique national, encore très dépendant des produits pétroliers importés. Au-delà du calendrier industriel, le dossier cristallise les enjeux de souveraineté énergétique d’un pays récemment entré dans le club restreint des producteurs d’hydrocarbures.
Le gisement Yaakar Teranga, situé dans les eaux profondes au large de la façade atlantique sénégalaise, constitue l’une des découvertes majeures réalisées depuis 2017. Contrairement au champ Grand Tortue Ahmeyim (GTA), partagé avec la Mauritanie et tourné vers l’export, Yaakar Teranga est conçu pour répondre à la demande intérieure. Cette orientation domestique répond à une promesse politique forte, formulée dès la campagne présidentielle de 2024 : faire bénéficier en priorité l’économie nationale des ressources extraites du sous-sol sénégalais.
Un levier pour réduire la facture énergétique
La bascule du parc thermique vers le gaz naturel domestique vise un double objectif. Le premier est macroéconomique : alléger la facture des importations de combustibles liquides, qui pèse durablement sur la balance commerciale et expose la Senelec aux soubresauts des cours mondiaux. Le second est tarifaire. Les autorités misent sur un coût de production de l’électricité plus compétitif, condition nécessaire pour contenir les subventions publiques au secteur, longtemps évaluées à plusieurs centaines de milliards de francs CFA par an.
Concrètement, la stratégie « gas to power » suppose une chaîne logistique entièrement nouvelle. Elle implique le développement du champ offshore, la pose de conduites sous-marines, la construction d’infrastructures de réception à terre et la conversion des centrales existantes, dont plusieurs sites stratégiques autour de Dakar. Chaque maillon comporte ses propres délais d’exécution et ses propres aléas techniques, ce qui explique la prudence affichée sur le jalon de 2029.
Souveraineté énergétique et arbitrages contractuels
Le dossier Yaakar Teranga s’inscrit dans la révision plus large des contrats hydrocarbures engagée par le gouvernement sénégalais depuis 2024. Les autorités ont multiplié les annonces visant à rééquilibrer les conventions héritées, à renforcer la part de Petrosen, la compagnie pétrolière nationale, et à orienter une fraction plus importante de la production vers l’usage domestique. Dans ce paysage, la priorité accordée à l’alimentation des centrales électriques constitue un signal politique autant qu’industriel.
Reste que la trajectoire dépendra étroitement des arbitrages financiers et des partenariats opérationnels. Le développement d’un champ gazier de cette nature mobilise plusieurs milliards de dollars d’investissement et requiert l’expertise d’opérateurs internationaux de premier plan. La capacité de Dakar à articuler ses exigences de contenu local avec les standards techniques attendus par les majors conditionnera le respect du calendrier annoncé.
Un horizon 2029 sous contrainte
Les retards accumulés sur GTA, dont la mise en service a été repoussée à plusieurs reprises avant l’arrivée du premier gaz début 2025, rappellent que les projets offshore en eaux profondes échappent rarement aux glissements de planning. Pour Yaakar Teranga, l’enjeu sera donc de sécuriser dès à présent les décisions finales d’investissement, les contrats de fourniture et les travaux de conversion des centrales, afin d’éviter un décalage qui pénaliserait l’ensemble de la stratégie électrique nationale.
Dans le même temps, le développement du gaz domestique s’articule avec la montée en puissance des énergies renouvelables, notamment solaires et éoliennes, dont la part dans le mix sénégalais a progressé ces dernières années. Le gaz est ici présenté comme une énergie de transition, capable d’assurer la base de production tout en accompagnant l’intermittence des renouvelables. Cette complémentarité figure au cœur du discours officiel sur la trajectoire bas carbone du pays.
L’arrivée effective du gaz Yaakar Teranga dans les centrales en 2029 constituera le test grandeur nature de cette doctrine. Elle scellera la crédibilité de la promesse de souveraineté énergétique portée par les autorités et déterminera, pour partie, la compétitivité du kilowattheure sénégalais sur la prochaine décennie. Selon PressAfrik.
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