Le Premier ministre Ousmane Sonko a remis sur la table un sujet sensible de la gouvernance publique au Sénégal : l’absentéisme des directeurs généraux à la tête d’établissements et de sociétés relevant de l’État. Devant ses interlocuteurs, le chef du gouvernement a affirmé que certains hauts cadres avaient passé jusqu’à 33 jours hors du territoire national sur un trimestre, soit plus d’un tiers du temps utile à la conduite de leurs missions. La sortie s’inscrit dans la ligne de rigueur affichée par le tandem exécutif depuis l’arrivée du Pastef au pouvoir en avril 2024.
Un rappel à l’ordre adressé aux directeurs généraux
L’intervention d’Ousmane Sonko vise nommément les dirigeants d’agences, de sociétés nationales et d’établissements publics, dont les déplacements internationaux sont jugés disproportionnés au regard de leurs obligations de pilotage. Le Premier ministre dénonce une dérive ancienne, héritée selon lui des pratiques de l’administration précédente, où les missions à l’étranger se sont parfois muées en routine confortable. Le chiffre avancé, 33 jours d’absence sur 90, constitue une statistique frappante destinée à matérialiser l’ampleur du phénomène. Au-delà du cas individuel, c’est une norme implicite que le chef du gouvernement entend briser.
Cette mise en cause n’est pas isolée. Depuis sa prise de fonctions, Ousmane Sonko a multiplié les signaux de durcissement à l’égard des managers publics, qu’il s’agisse de la production des rapports d’activité, du respect des procédures de marchés ou de la rationalisation des dépenses de fonctionnement. La question des per diem et des frais de mission revient régulièrement dans les arbitrages budgétaires, dans un contexte où le déficit public reste sous surveillance après les révélations sur l’état réel des finances héritées.
Une exigence de présence au cœur de la doctrine Pastef
Le message politique est clair : diriger une entité publique sénégalaise suppose une présence effective auprès des équipes, des partenaires sociaux et des projets en cours d’exécution. Cette doctrine recoupe l’engagement de campagne du président Bassirou Diomaye Faye sur la reddition des comptes et l’efficacité de l’action administrative. Pour le pouvoir, l’image d’un haut fonctionnaire multipliant les voyages, parfois dans des conférences internationales sans retombées tangibles, contrevient à la promesse de sobriété portée devant les électeurs.
Concrètement, plusieurs leviers peuvent traduire cette exigence dans les faits. Le contrôle des ordres de mission, déjà encadré par la circulaire primatoriale relative aux déplacements officiels, pourrait être resserré. La centralisation des autorisations de sortie au niveau de la Primature, le plafonnement du nombre de jours de mission par trimestre ou encore la publication des bilans de déplacement figurent parmi les options techniques disponibles. Reste à savoir si une réforme formelle suivra l’avertissement public, ou si la pression réputationnelle suffira à infléchir les comportements.
Un signal aux bailleurs et au secteur privé
La sortie du Premier ministre dépasse le cercle des seuls hauts fonctionnaires sénégalais. Elle s’adresse aussi, indirectement, aux partenaires techniques et financiers qui suivent de près la trajectoire de gouvernance du pays. Le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et plusieurs bailleurs européens conditionnent une partie de leurs appuis à des progrès tangibles sur la transparence et la performance de la dépense publique. Un discours volontariste sur la discipline des dirigeants d’entités publiques contribue à entretenir cette confiance, alors que Dakar négocie un nouveau cadre de coopération avec le FMI.
Pour le secteur privé, le signal est également lisible. Les opérateurs économiques qui traitent quotidiennement avec les directions générales se plaignent régulièrement de la difficulté à obtenir des arbitrages rapides lorsque les responsables sont en mission. Un recentrage sur la présence physique pourrait fluidifier les décisions, à condition que les délégations de signature soient correctement organisées en interne. Par ailleurs, la sortie de Sonko intervient à un moment où plusieurs nominations restent en attente dans des entités stratégiques du secteur de l’énergie, des télécommunications et des infrastructures.
Reste que la portée de l’avertissement dépendra des sanctions effectives. Aucun nom n’a été divulgué publiquement, mais l’évocation chiffrée laisse entendre qu’un travail de recensement a été mené par les services de la Primature. Les prochaines semaines diront si des rotations à la tête de certains établissements suivront cette mise en garde. Selon Seneweb, le Premier ministre a livré ce constat dans une intervention publique dont les extraits ont largement circulé.
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