Le Syndicat national agricole pour le progrès en Côte d’Ivoire (SYNAGRI) a engagé une tournée nationale pour réclamer une refonte en profondeur de la gouvernance agricole ivoirienne. L’organisation entend porter la voix des producteurs auprès des autorités, alors que le pays demeure le premier exportateur mondial de cacao et l’un des poids lourds africains de l’anacarde, du caoutchouc naturel et du palmier à huile. La démarche traduit une exaspération croissante du monde paysan face à un modèle jugé trop centralisé et insuffisamment redistributif.
Une tournée pour réarmer le dialogue avec les producteurs
La structure syndicale sillonne plusieurs régions de production pour recueillir les doléances des planteurs et structurer un cahier de revendications cohérent. Cette stratégie de terrain vise à reconnecter les instances de représentation paysanne avec la base, dans un secteur où la fragmentation des organisations professionnelles a longtemps affaibli le rapport de force avec l’État et les acheteurs internationaux. Les rencontres permettent également d’évaluer la transmission effective des politiques publiques jusqu’aux exploitations familiales.
Sur le terrain, les responsables du syndicat dénoncent une déconnexion persistante entre les annonces officielles et la réalité vécue par les producteurs. Les questions de prix bord-champ, d’accès aux intrants, de financement de campagne et de pénétration des coopératives reviennent comme des constantes. Pour le SYNAGRI, aucune stratégie agricole crédible ne peut se construire sans une consultation systématique des acteurs primaires de la chaîne de valeur.
La gouvernance agricole ivoirienne en question
L’agriculture pèse environ un cinquième du produit intérieur brut ivoirien et concentre près des deux tiers des emplois ruraux. Cette centralité économique contraste avec une rentabilité jugée insuffisante au niveau des exploitations, en particulier dans les filières d’exportation. Le syndicat plaide pour un rééquilibrage du partage de la valeur, une meilleure transparence des organes de régulation et une revue des mécanismes de fixation des prix qui structurent les revenus paysans.
Le ciblage de la gouvernance n’est pas neutre. Il interroge directement l’architecture institutionnelle bâtie autour du Conseil du café-cacao, du Conseil du coton et de l’anacarde, et des autres organismes de filière. Le SYNAGRI considère que ces structures, conçues pour stabiliser les marchés et sécuriser les revenus, ont parfois dérivé vers une logique administrative éloignée des besoins opérationnels des producteurs. Une réforme de leur composition et de leurs procédures de décision figure parmi les pistes mises en avant.
Par ailleurs, le syndicat insiste sur la nécessité d’inscrire la transformation locale au cœur de la stratégie nationale. Abidjan a fixé l’ambition de transformer la moitié de sa production de cacao sur le sol ivoirien, un objectif encore loin d’être atteint. Sans investissement structurant dans les unités industrielles et sans accompagnement des coopératives vers la deuxième transformation, le pays restera tributaire des prix mondiaux fixés à Londres et à New York.
Souveraineté agricole et exigences sociales
Au-delà des filières d’exportation, la tournée met en lumière les tensions autour de la sécurité alimentaire intérieure. La Côte d’Ivoire continue d’importer massivement du riz, du blé et certains produits maraîchers, dans un contexte de volatilité des cours mondiaux depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022. Les vivriers, longtemps relégués derrière les cultures de rente, deviennent un enjeu stratégique pour amortir les chocs externes et stabiliser le pouvoir d’achat urbain.
Le SYNAGRI réclame en parallèle un meilleur accès au foncier sécurisé, condition jugée préalable à tout investissement durable des exploitants. La question du certificat foncier rural, instrument créé pour formaliser les droits coutumiers, reste un point sensible dans plusieurs régions de l’Ouest et du Centre. Le syndicat plaide pour une accélération des procédures et un renforcement des financements dédiés à l’enregistrement des parcelles.
Reste que la portée des revendications dépendra de la capacité du mouvement à constituer un front uni avec les autres organisations paysannes et à obtenir une interlocution formelle avec le ministère de tutelle. À mesure que l’échéance présidentielle approche, la voix du monde agricole, qui demeure le premier réservoir électoral du pays, pèse mécaniquement davantage dans l’arbitrage des politiques publiques. Selon Abidjan.net, le syndicat poursuit sa tournée pour consolider ses propositions avant de les présenter aux autorités compétentes.
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