L’affaire dite de la « base israélienne » provoque une onde de choc à Bagdad. Selon les informations diffusées par la presse irakienne, plusieurs blocs parlementaires entendent saisir formellement la commission de la sécurité et de la défense afin de faire comparaître les principaux responsables sécuritaires du pays. L’objectif annoncé : obtenir des réponses circonstanciées sur l’existence présumée d’une installation liée à Israël sur le sol irakien, hypothèse qui, si elle se confirmait, constituerait une violation flagrante de la souveraineté nationale.
Le dossier émerge dans un climat politique tendu, où la question des ingérences étrangères demeure un marqueur central du débat public. Les forces politiques proches de l’axe dit de la résistance exigent une enquête transparente, tandis que d’autres formations appellent à la prudence face à des allégations dont la matérialité reste à établir. La tonalité des prises de parole, ces derniers jours, traduit une exaspération transversale au sein de la classe politique.
Un Parlement irakien en quête de réponses
Plusieurs députés ont publiquement réclamé l’audition du conseiller à la sécurité nationale, du chef du renseignement et des commandants des opérations conjointes. Les requêtes déposées visent à clarifier la chaîne de responsabilités, depuis la collecte du renseignement jusqu’au contrôle territorial effectif. La procédure d’interpellation, prévue par le règlement intérieur de l’Assemblée, pourrait déboucher, en cas de manquements avérés, sur des sanctions politiques contre les responsables concernés.
Cette mobilisation parlementaire intervient alors que le gouvernement du Premier ministre Mohammed Chia al-Soudani s’efforce de maintenir un équilibre délicat. Bagdad ménage simultanément ses partenaires occidentaux, ses alliés régionaux et les composantes internes du Cadre de coordination, formation chiite dominante au sein de la coalition au pouvoir. L’irruption d’un dossier aussi sensible que celui d’une éventuelle présence israélienne complique singulièrement cette équation.
La souveraineté irakienne mise à l’épreuve
Sur le plan stratégique, la simple évocation d’une base liée à Israël en Irak ravive les inquiétudes sur la porosité du territoire. Depuis 2019, plusieurs frappes attribuées à l’aviation israélienne ont visé des positions de factions armées proches de Téhéran, notamment dans les provinces de Salaheddine, d’Al-Anbar et de Ninive. La récurrence de ces opérations interroge sur les capacités de surveillance et de défense aérienne dont dispose réellement l’État irakien.
Le débat soulevé par la rumeur dépasse la seule dimension sécuritaire. Il touche au cœur du contrat politique post-2003, fondé sur la promesse d’un Irak souverain, capable de protéger ses frontières et de neutraliser les interférences étrangères. Les formations issues de la Résistance islamique en Irak, qui revendiquent depuis octobre 2023 plusieurs tirs contre des cibles américaines et israéliennes, instrumentalisent désormais ce dossier pour réclamer le retrait définitif des forces étrangères présentes dans le pays.
Un dossier à fort potentiel régional
Au-delà des murs du Parlement, l’affaire trouve un écho immédiat dans l’environnement régional. La guerre à Gaza, les frappes israéliennes répétées sur le Liban, la Syrie et le Yémen, et la confrontation latente avec l’Iran composent une toile de fond explosive. Toute confirmation officielle d’une présence israélienne, même limitée, en Irak fragiliserait la position diplomatique de Bagdad et alimenterait les appels à la riposte de la part des factions armées les plus radicales.
Les partenaires occidentaux du gouvernement irakien observent la séquence avec attention. Washington, qui maintient un contingent réduit dans le cadre de la coalition internationale contre Daech, redoute une escalade susceptible de remettre en cause l’architecture sécuritaire négociée ces derniers mois avec Bagdad. Les diplomates européens, de leur côté, plaident pour la retenue et la vérification rigoureuse des allégations, conscients du potentiel inflammable du sujet.
Reste à savoir si la commission parlementaire parviendra à établir les faits ou si le dossier se diluera dans les arbitrages politiques internes. L’expérience des précédentes enquêtes, notamment celles ouvertes après les frappes attribuées à Israël en 2019 et 2021, incite à la circonspection. Les conclusions, lorsqu’elles furent rendues, demeurèrent largement confidentielles. Pour les députés à l’origine de l’initiative, l’enjeu consiste à éviter une nouvelle dérobade institutionnelle. Selon Al Akhbar.
Pour aller plus loin
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