Washington reprend ses livraisons de dollars à la Banque centrale d’Irak

Bundles of US dollar bills neatly stacked on a blue surface, showcasing wealth and finance.Photo : Tima Miroshnichenko / Pexels

La reprise des livraisons physiques de dollars américains à destination de la Banque centrale d’Irak marque une inflexion notable de la politique du Trésor et de la Réserve fédérale envers Bagdad. Selon les informations rapportées par la presse libanaise, ces envois avaient été gelés pendant plusieurs mois, provoquant une pression sensible sur le marché parallèle des changes et alimentant la volatilité du dinar irakien face au billet vert. Le déblocage acté ces derniers jours vient rompre une séquence d’incertitude qui pesait lourdement sur les opérateurs bancaires et sur les importateurs du pays.

Une suspension aux racines sécuritaires et financières

La décision américaine de suspendre l’acheminement de cash s’inscrivait dans une stratégie plus large de surveillance des flux financiers transitant par le système bancaire irakien. Washington reproche depuis plusieurs années à certains établissements de Bagdad d’avoir servi de canal détourné pour approvisionner en devises l’Iran et des acteurs régionaux placés sous sanctions. Le Trésor américain, via l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), avait progressivement resserré les procédures de conformité imposées aux banques irakiennes accédant au compte de la Banque centrale d’Irak logé à la Réserve fédérale de New York.

Ce durcissement s’était traduit, dès 2023, par l’exclusion d’une série de banques commerciales irakiennes des transactions en dollars, puis par un ralentissement graduel des envois physiques. Concrètement, les cargaisons de billets, acheminées par vols spéciaux, constituent une source majeure de liquidités en devises pour un pays dont l’économie reste largement dollarisée dans les échanges quotidiens, la construction et l’import-export.

Un compromis politique entre Bagdad et Washington

La reprise annoncée traduit vraisemblablement un accord opérationnel entre les autorités monétaires irakiennes et leurs interlocuteurs américains. Bagdad a multiplié ces derniers mois les gestes destinés à rassurer le Trésor : renforcement des dispositifs de traçabilité, adoption de plateformes de règlement électronique pour encadrer les enchères de devises, et éviction progressive d’intermédiaires jugés opaques. La Banque centrale d’Irak a également accéléré la migration vers des paiements internationaux passant par des correspondants agréés, réduisant la part des transactions en cash dans le commerce extérieur.

Ces réformes, engagées sous la houlette du Premier ministre Mohammed Chia al-Soudani, visent à préserver l’accès du pays au système financier international tout en apaisant les inquiétudes de Washington sur d’éventuelles fuites de devises vers Téhéran. Reste que l’exercice demeure délicat, tant les liens économiques entre l’Irak et son voisin iranien restent structurels, notamment dans l’énergie, où Bagdad importe une part significative de son gaz et de son électricité.

Enjeux pour le dinar et l’économie irakienne

Sur le plan monétaire, la reprise des envois devrait contribuer à résorber l’écart persistant entre le taux officiel du dinar et son cours sur le marché parallèle. Cet écart, régulièrement supérieur à 10 %, pénalise les ménages et les petites entreprises contraintes de s’approvisionner en devises hors circuits officiels. Le gouverneur de la Banque centrale d’Irak a répété, à plusieurs reprises, que la stabilité du taux de change constituait une priorité stratégique, adossée à des réserves de change confortables issues des recettes pétrolières.

Pour Washington, l’enjeu dépasse la seule technique bancaire. Le maintien d’un canal dollar opérationnel avec Bagdad conditionne l’influence américaine sur un pays où la présence militaire est en recomposition et où Pékin a considérablement étendu son emprise énergétique et industrielle. Couper trop brutalement les liquidités reviendrait à fragiliser un partenaire déjà courtisé par des puissances concurrentes, tout en risquant de précipiter les acteurs irakiens vers des circuits de règlement alternatifs, en yuan ou en euro.

La séquence en cours illustre la difficulté d’articuler impératifs de sanctions et stabilité macroéconomique d’un allié régional. Elle confirme aussi le rôle central que continue de jouer la Réserve fédérale de New York dans l’architecture monétaire du Moyen-Orient, plus de deux décennies après l’invasion américaine de 2003. Selon Al Akhbar, l’acheminement des cargaisons a d’ores et déjà repris à un rythme conforme aux besoins exprimés par la Banque centrale irakienne.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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