Drogue : l’Afrique de l’Ouest et centrale devient un nouveau pôle de production, selon l’ONU

Longtemps considérées comme de simples zones de transit entre l’Amérique du Sud et l’Europe, plusieurs régions d’Afrique de l’Ouest et centrale jouent désormais un rôle croissant dans la production de drogues. C’est le constat dressé par le dernier rapport de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), qui alerte sur l’émergence de laboratoires clandestins et la progression rapide des drogues de synthèse.

Des routes du trafic en pleine évolution

Depuis plusieurs années, les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest se sont imposés comme des étapes majeures du trafic international de cocaïne. Les importantes quantités de drogue régulièrement saisies témoignent de cette évolution.

Au cours des derniers mois, plusieurs opérations menées au Sénégal ont permis d’intercepter plus d’une tonne de cocaïne. Au large des îles Canaries, les autorités espagnoles ont également saisi plusieurs dizaines de tonnes de cocaïne à bord d’un navire en provenance d’Afrique de l’Ouest, illustrant l’importance stratégique de cette route maritime.

Le trafic s’étend désormais davantage vers l’Afrique centrale, comme l’ont montré plusieurs saisies importantes réalisées au Cameroun.

De simples zones de transit à des centres de production

L’ONUDC souligne toutefois une évolution plus profonde que le seul déplacement des routes du narcotrafic.

Selon l’organisation, plusieurs pays de la région accueillent désormais des sites de fabrication de drogues, notamment de méthamphétamine, avec des laboratoires clandestins disposant de capacités de production proches de l’échelle industrielle.

Le Nigeria figure parmi les pays où ce phénomène est particulièrement préoccupant, tandis que la production et le trafic de médicaments détournés de leur usage thérapeutique gagnent également en importance.

Les opioïdes pharmaceutiques en forte circulation

Le rapport met également en évidence la place grandissante des opioïdes pharmaceutiques dans les trafics régionaux.

Le tramadol et la codéine, initialement destinés à un usage médical, font l’objet d’un détournement massif. Entre 2020 et 2024, la quasi-totalité des saisies mondiales de tramadol et plus de la moitié de celles concernant la codéine ont été réalisées sur le continent africain.

Ces substances sont consommées en dehors de tout cadre médical et alimentent un marché en forte croissance.

Les drogues de synthèse gagnent du terrain

Au-delà des opioïdes, les autorités observent une progression de nouvelles drogues de synthèse telles que la méthamphétamine, l’ecstasy ou encore les nitazènes, même si le cannabis demeure la substance illicite la plus consommée dans la région.

Le développement de ces produits complique considérablement le travail des services de police et des autorités sanitaires. Les molécules évoluent rapidement, changent régulièrement de composition et circulent sous différentes appellations locales, rendant leur identification plus difficile.

Un enjeu majeur de santé publique

Les responsables de la lutte antidrogue alertent également sur les conséquences sanitaires de cette évolution.

Certaines substances de synthèse, vendues à très bas prix, présentent une puissance particulièrement élevée et sont associées à une augmentation des cas d’intoxication grave et d’overdose.

Face à cette situation, plusieurs pays renforcent leurs dispositifs de surveillance et lancent des études afin de mieux mesurer l’ampleur de la consommation. Pour l’ONUDC, la montée en puissance de la production locale de drogues et l’essor des nouvelles substances constituent désormais un défi majeur, à la fois pour la sécurité, la santé publique et la lutte contre les réseaux criminels en Afrique de l’Ouest et centrale.

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