Quatre pays africains s’allient pour capter la valeur du cacao

Cocoa beans drying outdoors in Ife, Nigeria, emphasizing natural food processing.Photo : Bamidele Sodiq / Pexels

Quatre pays africains producteurs de cacao ont annoncé la création d’une alliance conjointe visant à mieux capter la valeur ajoutée d’une filière qui les place en tête de la production mondiale sans leur en garantir les bénéfices. L’initiative prolonge la logique inaugurée en 2018 par l’Initiative Côte d’Ivoire-Ghana Cacao (ICCIG), duopole qui pèse à lui seul près des deux tiers de l’offre mondiale. Elle marque une étape supplémentaire dans la volonté des capitales africaines de transformer un avantage comparatif brut en levier de développement industriel.

Le secteur du cacao demeure emblématique des paradoxes africains. Le continent fournit environ 75 % des fèves consommées sur la planète, mais ne capte qu’une fraction marginale d’un marché mondial du chocolat estimé à plus de 130 milliards de dollars. L’essentiel de la marge se joue en aval, dans la transformation, la torréfaction et la commercialisation, activités concentrées en Europe, en Amérique du Nord et, plus récemment, en Asie. Les cours élevés observés depuis 2024, portés par des récoltes déficitaires en Afrique de l’Ouest, n’ont pas suffi à rééquilibrer durablement le rapport de force.

Une réponse politique à la dépendance aux négociants

L’alliance annoncée entend agir sur plusieurs fronts simultanés. Il s’agit d’abord de coordonner les politiques de prix minimum garantis aux producteurs, dans la lignée du Différentiel de revenu décent (DRD) instauré conjointement par Abidjan et Accra. Cette prime de 400 dollars par tonne, imposée aux acheteurs internationaux, avait initialement suscité la résistance des grands négociants avant d’être progressivement absorbée par le marché. L’élargissement du dispositif à d’autres producteurs vise à réduire les possibilités d’arbitrage géographique entre origines africaines.

Le deuxième axe concerne la transformation locale. Les autorités ivoiriennes se sont fixé l’objectif de broyer 50 % de leur production nationale sur le sol national, contre environ 35 % aujourd’hui. Le Ghana, le Cameroun et le Nigeria affichent des ambitions comparables, à des degrés d’avancement variables. Reste que la montée en gamme suppose des investissements lourds en unités industrielles, en énergie et en logistique portuaire, dans un contexte où les marges de la première transformation demeurent étroites face à la volatilité des cours des fèves.

Un front commun face aux normes européennes

La coordination régionale prend une dimension supplémentaire avec l’entrée en vigueur du règlement européen sur les produits sans déforestation (RDUE), qui impose une traçabilité stricte des importations à compter de fin 2025. Pour les producteurs africains, la mise en conformité représente un coût significatif, tant en systèmes de géolocalisation des parcelles qu’en réorganisation des filières d’exportation. Une position commune permet de négocier des délais, des appuis techniques et, potentiellement, une reconnaissance mutuelle des dispositifs nationaux de traçabilité.

Cette convergence diplomatique s’inscrit dans une tendance plus large de constitution de blocs de producteurs de matières premières sur le continent. L’expérience de l’Alliance des pays producteurs de pétrole (OPEP+) sert de référence implicite, même si le cacao ne présente pas la même élasticité stratégique. Le précédent le plus proche demeure l’ICCIG, dont les résultats sont contrastés : si la prime DRD a été maintenue, la capacité effective à influencer les cours de Londres et de New York reste limitée par la présence des acheteurs institutionnels et la financiarisation croissante des marchés à terme.

Des enjeux de gouvernance et de financement

La réussite de l’alliance dépendra largement de sa capacité à mobiliser des financements pérennes et à harmoniser des politiques agricoles hétérogènes. Le Cameroun, quatrième producteur mondial avec environ 300 000 tonnes annuelles, a récemment libéralisé les prix bord champ, à l’inverse du modèle administré ivoirien piloté par le Conseil du café-cacao. Concilier ces approches suppose des compromis institutionnels et probablement la création d’un secrétariat permanent doté de moyens propres.

Les partenaires financiers du continent, à commencer par la Banque africaine de développement (BAD) et Afreximbank, sont attendus sur le volet transformation. Plusieurs projets d’unités de broyage sont déjà à l’étude en Côte d’Ivoire et au Ghana, avec l’appui de capitaux privés régionaux. La question de la commercialisation directe auprès des chocolatiers, en contournant partiellement les négociants, figure également parmi les pistes explorées, sans que les modalités opérationnelles aient été précisées à ce stade. Selon Financial Afrik, l’alliance devrait dévoiler dans les prochaines semaines une feuille de route détaillant ses instruments d’intervention.

Pour aller plus loin

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About the Author

Amina Ben Salem
Journaliste économique pour le Maghreb, Amina Ben Salem suit les économies algérienne, tunisienne et marocaine, ainsi que leurs liens avec l'Afrique subsaharienne. Elle analyse les politiques industrielles, la macroéconomie, les programmes de financement international et les partenariats énergétiques méditerranéens.

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