Washington salue le retrait du Tchad de la CPI et appelle à l’imiter

Impressive low-angle shot of modern skyscraper in The Hague, Netherlands against a clear blue sky.Photo : Jan van der Wolf / Pexels

Le retrait du Tchad de la Cour pénale internationale (CPI) a reçu mardi le soutien explicite des États-Unis, qui y voient une décision souveraine à encourager. Dans un communiqué diffusé par son département d’État, l’administration américaine a salué le geste de N’Djamena et exhorté d’autres États parties au Statut de Rome à emprunter la même voie. Cette prise de position marque une accélération de la campagne américaine contre l’institution judiciaire basée à La Haye, dont Washington n’a jamais reconnu la compétence.

La décision tchadienne, actée par les autorités de transition dirigées par Mahamat Idriss Déby, fait du pays sahélien le deuxième État africain à engager une procédure de sortie ces derniers mois, après plusieurs annonces similaires sur le continent. Le retrait ne devient effectif qu’un an après notification au Secrétaire général des Nations unies, conformément à l’article 127 du Statut. Pendant ce délai, les enquêtes en cours restent théoriquement opposables à l’État concerné.

Washington réactive une hostilité ancienne envers la CPI

L’appui affiché à N’Djamena s’inscrit dans une ligne diplomatique constante depuis la présidence de Bill Clinton, qui avait signé le Statut de Rome en 2000 sans jamais le faire ratifier par le Sénat. L’administration Trump, dès son premier mandat, avait durci le ton en imposant en 2020 des sanctions contre la procureure Fatou Bensouda. Le retour au pouvoir de Donald Trump en janvier 2025 s’est traduit par un décret exécutif visant à sanctionner les magistrats de la Cour, en réaction notamment aux mandats d’arrêt émis contre des responsables israéliens.

En encourageant un mouvement de retraits en chaîne, Washington cherche à réduire la légitimité universelle revendiquée par la juridiction. La CPI compte actuellement 125 États parties, dont 33 États africains. Toute défection, en particulier sur un continent qui a longtemps constitué le principal terrain d’action de la Cour, affaiblit sa portée politique autant que ses capacités opérationnelles sur le terrain.

N’Djamena entre calcul souverainiste et recomposition régionale

Pour le pouvoir tchadien, la sortie du Statut de Rome répond à plusieurs logiques imbriquées. Elle traduit d’abord une affirmation de souveraineté judiciaire, dans la ligne du discours porté par plusieurs capitales sahéliennes depuis les ruptures institutionnelles observées à Bamako, Ouagadougou et Niamey. Elle protège ensuite l’exécutif tchadien de tout examen international sur les événements de transition, notamment la répression des manifestations d’octobre 2022 qui avait fait plusieurs dizaines de morts à N’Djamena.

Le contexte régional pèse également. Le Tchad, longtemps considéré comme un pivot sécuritaire par Paris et Washington dans la lutte contre les groupes jihadistes du bassin du lac Tchad, a acté en 2024 le départ des forces françaises. La reconfiguration de ses alliances internationales laisse à N’Djamena une marge de manœuvre nouvelle pour se défaire d’engagements multilatéraux jugés contraignants. La proximité affichée avec Washington sur ce dossier illustre cette recomposition.

Un signal préoccupant pour la justice internationale en Afrique

Le geste tchadien pourrait produire un effet d’entraînement redouté par les défenseurs de la justice pénale internationale. Le Burundi avait déjà quitté la CPI en 2017, et l’Afrique du Sud, comme les Philippines, ont oscillé ces dernières années sur la question. L’Union africaine avait porté un temps l’idée d’un retrait collectif, restée sans suite mais toujours latente dans les débats de Kigali et d’Addis-Abeba.

Les organisations de défense des droits humains alertent sur le risque d’impunité que ferait peser un affaiblissement durable de la Cour, seule instance permanente compétente pour les crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocides lorsque les juridictions nationales sont défaillantes ou complices. Concrètement, les victimes du continent perdraient un recours ultime, alors que plusieurs situations africaines demeurent actives devant les chambres de La Haye, notamment celles concernant la République centrafricaine, la Libye et le Soudan.

Reste à observer si l’appel américain trouvera un écho immédiat auprès d’autres capitales. Plusieurs chancelleries africaines, tout en critiquant la Cour, ont jusqu’ici privilégié une réforme interne plutôt qu’un retrait. Le prochain sommet de l’Assemblée des États parties, prévu à La Haye, constituera un test grandeur nature de la solidité du système. Selon PressAfrik, le département d’État américain a formellement invité les autres États signataires à envisager leur propre sortie du Statut de Rome.

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Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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