Paiements UMOA : 1 336 milliards de FCFA transités en 2025

Close-up of a man holding Nigerian naira bills outdoors in Bida, Nigeria.Photo : Abubakar Ogaji / Pexels

Les systèmes de paiement de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) ont enregistré un volume record de 1 336 453 milliards de FCFA en 2025, selon les chiffres diffusés à Dakar par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Ce montant, converti, avoisine 2 366 milliards de dollars et illustre l’intensification des flux monétaires au sein des huit économies de la zone. La performance signe une année charnière pour les infrastructures régionales, portées à la fois par la digitalisation accélérée des transactions et par la vitalité des échanges interbancaires. Elle témoigne aussi de la robustesse d’un dispositif conçu au tournant des années 2000 pour arrimer l’espace UEMOA aux standards internationaux.

STAR-UEMOA et SICA-UEMOA, deux piliers complémentaires

Le système STAR-UEMOA, dédié au règlement en temps réel des paiements de gros montants, a concentré l’essentiel de l’activité avec 1 247 988 milliards de FCFA traités, soit environ 2 209 milliards de dollars. Cette plateforme, qui fonctionne sur le modèle des systèmes RTGS (règlement brut en temps réel) adoptés par les principales banques centrales, constitue l’ossature des échanges interbancaires régionaux. Elle sécurise les opérations de trésorerie, les règlements de titres et les transferts d’envergure entre établissements. Son volume traduit à la fois l’appétit des banques pour la liquidité centrale et l’expansion du financement des économies membres.

Son pendant, le Système interbancaire de compensation automatisé de l’UEMOA (SICA-UEMOA), traite les paiements de masse. Il a compensé 88 465 milliards de FCFA sur l’exercice, soit près de 157 milliards de dollars. Chèques, virements et prélèvements y transitent quotidiennement pour desservir entreprises, administrations et particuliers. La progression du canal reflète l’intensification de l’activité commerciale intra-régionale et la pénétration croissante des services bancaires dans des économies encore marquées par la prédominance du cash.

Une intégration financière qui s’ancre dans les usages

Le cap franchi en 2025 s’inscrit dans une trajectoire de long terme. Depuis leur mise en service, ces plateformes ont progressivement absorbé une part croissante des flux financiers de la zone, réduisant les délais de règlement et abaissant le coût d’exécution des opérations. La BCEAO en fait un instrument central de la stabilité monétaire et de la surveillance macroprudentielle. Concrètement, chaque transaction traitée alimente une vision consolidée des flux, précieuse pour piloter la politique monétaire commune et anticiper les tensions de liquidité.

Au-delà des volumes, le record de 2025 confirme la bascule progressive vers les paiements électroniques. Les acteurs bancaires, mais aussi les émetteurs de monnaie électronique et les fintechs, s’appuient désormais sur ces rails pour intégrer leurs propres solutions au circuit interbancaire. Cette architecture est également stratégique pour l’interopérabilité avec les paiements mobiles, qui connaissent une croissance à deux chiffres dans plusieurs pays membres. Reste que la part des transactions en espèces demeure élevée, en particulier au Mali, au Burkina Faso et au Niger, où l’activité économique reste largement informelle.

Un enjeu de souveraineté monétaire et de compétitivité

La performance des systèmes de paiement dépasse la seule statistique bancaire. Elle interpelle la souveraineté financière régionale, dans un contexte où le débat sur l’avenir du franc CFA et sur l’éventuel passage à l’ECO n’a jamais complètement quitté l’agenda politique. Disposer d’infrastructures robustes, capables d’absorber des volumes croissants et de dialoguer avec les grandes plateformes internationales, constitue un préalable à toute évolution du régime monétaire. La BCEAO en a fait un axe de modernisation continue, notamment via l’intégration progressive avec le système panafricain PAPSS porté par Afreximbank.

Pour les opérateurs économiques, ce record représente aussi un signal de fiabilité. Les investisseurs étrangers, les groupes bancaires panafricains et les bailleurs internationaux scrutent la capacité des économies de l’UMOA à traiter des flux d’envergure sans rupture technique ni défaillance de règlement. Avec près de 2 366 milliards de dollars échangés en douze mois, la région démontre une profondeur de marché qui, sans rivaliser encore avec l’Afrique du Sud ou le Nigeria, s’affirme comme la deuxième plateforme financière subsaharienne. La suite dépendra de la capacité de la BCEAO à maintenir l’innovation, notamment sur l’instantané et le transfrontalier. Selon Financial Afrik.

Pour aller plus loin

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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