Amnesty International hausse le ton sur le Mali. L’organisation de défense des droits humains dénonce des exécutions de soldats maliens qualifiées de crimes de guerre, après une embuscade attribuée à des groupes jihadistes qui s’est déroulée le 18 juillet dernier dans le centre du pays. Selon les éléments recueillis, plusieurs militaires mis hors de combat auraient été achevés par leurs assaillants, une pratique formellement prohibée par le droit international humanitaire. L’ONG demande l’ouverture d’une enquête indépendante et impartiale.
Une embuscade documentée par des vidéos accablantes
L’affaire a d’abord été révélée par RFI, qui a mis au jour l’existence de séquences vidéo tournées après l’attaque. Ces images, exploitées ensuite par Amnesty International, montreraient des soldats de l’armée malienne blessés, désarmés ou en position de reddition, exécutés à bout portant par leurs assaillants. Pour l’ONG, il ne s’agit pas d’un incident isolé lié au chaos d’un affrontement, mais bien d’actes délibérés commis contre des combattants qui ne représentaient plus une menace directe.
Le droit humanitaire est sans ambiguïté sur ce point. L’article 3 commun aux Conventions de Genève interdit expressément le meurtre de personnes qui ne participent plus aux hostilités, qu’elles aient déposé les armes ou qu’elles soient hors de combat en raison de blessures. Toute violation de cette règle constitue un crime de guerre, susceptible de poursuites devant les juridictions nationales comme internationales. Amnesty rappelle que cette obligation s’impose à toutes les parties à un conflit, groupes armés non étatiques inclus.
Un centre du Mali toujours miné par l’insurrection
L’embuscade du 18 juillet s’inscrit dans une séquence d’attaques répétées contre les Forces armées maliennes (FAMa) dans la zone du centre, épicentre de l’activité du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda. Depuis le retrait de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) fin 2023 et la rupture avec la France, l’armée malienne, épaulée par des instructeurs russes du dispositif Africa Corps, mène seule la reconquête des zones rurales.
Le tribut humain reste lourd. Plusieurs convois militaires ont été visés ces derniers mois par des engins explosifs improvisés puis par des assauts de combattants motorisés. La mécanique observée le 18 juillet, où les assaillants ont pris le temps de filmer et d’exécuter les survivants, traduit une volonté de terreur assumée et de propagande visuelle, désormais courante dans les théâtres sahéliens.
Bamako face à ses obligations judiciaires
Amnesty International exhorte les autorités de transition, dirigées par le général Assimi Goïta, à diligenter une enquête crédible et à identifier les auteurs. La demande est délicate. Bamako a durci son discours souverainiste et rejette régulièrement les rapports des ONG internationales, qu’il perçoit comme des tentatives d’ingérence. Plusieurs organisations, dont Human Rights Watch et la mission d’experts de l’ONU, ont vu leurs constats contestés ces deux dernières années.
Pour autant, l’exigence de reddition de comptes ne concerne pas uniquement les groupes armés. Amnesty a également documenté, dans des rapports antérieurs, des exactions imputées aux FAMa et à leurs supplétifs étrangers dans plusieurs localités du centre et du nord. L’ONG plaide pour un traitement équitable des enquêtes, quelles que soient les parties mises en cause, condition d’une justice transitionnelle susceptible d’apaiser des communautés durablement fracturées par la violence.
Sur le plan diplomatique, la publication intervient au moment où le Mali, membre de la Confédération des États du Sahel avec le Burkina Faso et le Niger, cherche à consolider son autonomie régionale. Les partenaires occidentaux, largement écartés, disposent de peu de leviers pour peser sur d’éventuelles poursuites. Reste que la multiplication de vidéos d’exactions, diffusées sur les réseaux sociaux et les canaux jihadistes, alimente une bataille narrative où chaque camp instrumentalise les images pour légitimer son action.
La question du sort réservé aux dépouilles et aux familles des militaires tués demeure, elle, largement ouverte. Selon PressAfrik.
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