Karité en Côte d’Ivoire : le prix bord-champ fixé à 250 FCFA/kg

Detailed close-up of multiple brown coconuts piled together, showcasing their texture.Photo : Mo Eid / Pexels

Le gouvernement ivoirien poursuit son effort de formalisation de la filière karité. Pour la campagne 2026-2027, le prix bord-champ des amandes a été fixé à 250 FCFA le kilogramme, soit le tarif minimum garanti aux productrices lors de la collecte en zone rurale. Cette annonce, portée par les autorités en charge de l’agriculture, s’inscrit dans une stratégie plus large de valorisation des filières émergentes du nord de la Côte d’Ivoire, où le karité constitue un revenu d’appoint essentiel pour des dizaines de milliers de femmes.

Un prix plancher pour sécuriser les revenus ruraux

Le mécanisme du prix bord-champ vise à protéger les productrices des variations brutales imposées par les intermédiaires. En verrouillant un seuil à 250 FCFA le kilogramme, l’exécutif ivoirien entend limiter la décote historiquement pratiquée par certains collecteurs, qui négocient parfois les amandes à des tarifs très inférieurs au cours réel des marchés régionaux. Ce plancher tarifaire fonctionne comme un signal, aussi bien pour les acheteurs que pour les coopératives féminines qui structurent progressivement la collecte dans les régions du Poro, du Tchologo, du Bounkani ou du Bagoué.

La filière karité ivoirienne reste dominée par une main-d’œuvre presque exclusivement féminine. Le ramassage des noix, leur dépulpage puis leur séchage constituent une chaîne de travail domestique qui échappait jusqu’à récemment à toute régulation. En instaurant un prix officiel, les autorités cherchent à intégrer cette activité à l’économie formelle et à en faire un levier de lutte contre la pauvreté rurale dans le septentrion, région historiquement moins dotée en cultures de rente que le sud cacaoyer.

Une filière stratégique pour le nord ivoirien

Longtemps éclipsé par le cacao, l’anacarde ou le coton, le karité s’est imposé ces dernières années comme un produit à forte valeur ajoutée. Le beurre qui en est extrait alimente à la fois l’industrie cosmétique internationale et l’agroalimentaire, notamment comme substitut au beurre de cacao dans certaines confiseries. La demande mondiale, tirée par les marques de soins naturels et par les acheteurs européens et asiatiques, offre à la Côte d’Ivoire une fenêtre commerciale que Ouagadougou, principal concurrent régional, exploite déjà à grande échelle.

Abidjan cherche donc à capter une plus grande part de cette rente. La fixation d’un prix garanti participe d’une politique plus globale de montée en gamme, qui passe par la certification biologique, la traçabilité et l’installation d’unités de transformation locales. Plusieurs projets soutenus par les partenaires techniques et financiers, dont la Banque mondiale et l’Agence française de développement (AFD), visent à équiper les coopératives féminines en presses semi-industrielles afin de ne plus exporter uniquement la matière brute.

Structuration institutionnelle et enjeux régionaux

La campagne 2026-2027 se déroulera dans un environnement institutionnel renforcé. Le Conseil du coton et de l’anacarde, ainsi que les structures dédiées aux filières vivrières, encadrent désormais la commercialisation des amandes et supervisent l’application des barèmes officiels. Cette architecture reproduit, à moindre échelle, le modèle éprouvé sur le cacao et le café, où la fixation annuelle d’un prix garanti sert de boussole à l’ensemble des acteurs.

Reste que l’application effective des 250 FCFA sur le terrain dépendra de la capacité de contrôle des autorités déconcentrées. Dans les zones frontalières avec le Mali et le Burkina Faso, une part significative de la production échappe traditionnellement aux circuits officiels, aspirée par des acheteurs transfrontaliers plus offrants ou plus discrets. Le différentiel de prix avec les pays voisins constituera donc un déterminant clé du succès de la mesure.

Au-delà de la campagne à venir, la question du karité renvoie à un enjeu plus large de souveraineté agricole. En consolidant une filière à dominante féminine et ancrée dans les savanes du nord, la Côte d’Ivoire diversifie ses sources de devises et rééquilibre géographiquement son modèle agricole. Le prix de 250 FCFA n’est qu’un curseur, mais il traduit une ambition assumée : faire du karité l’un des piliers de la prochaine décennie agricole ivoirienne. Selon Abidjan.net, le tarif entrera en vigueur dès l’ouverture officielle de la campagne 2026-2027.

Pour aller plus loin

Cacao : Abidjan et Accra s’unissent face aux substituts industriels · APE : le Cameroun réduit de 70% ses droits de douane sur les produits européens · L’Afrique : un continent aux ressources multiples

Actualité africaine

About the Author

Amina Ben Salem
Journaliste économique pour le Maghreb, Amina Ben Salem suit les économies algérienne, tunisienne et marocaine, ainsi que leurs liens avec l'Afrique subsaharienne. Elle analyse les politiques industrielles, la macroéconomie, les programmes de financement international et les partenariats énergétiques méditerranéens.

Be the first to comment on "Karité en Côte d’Ivoire : le prix bord-champ fixé à 250 FCFA/kg"

Laisser un commentaire