Khalifa Sall, ancien édile de la capitale sénégalaise, s’est exprimé sur son incarcération intervenue sous la présidence de Macky Sall, en assurant avoir tourné la page sans effacer les faits. Condamné en 2018 dans l’affaire dite de la caisse d’avance de la mairie de Dakar, l’ancien maire avait purgé une peine avant de bénéficier d’une grâce présidentielle. Sa déclaration, prononcée alors que le paysage politique sénégalais se recompose autour de la présidence de Bassirou Diomaye Faye, résonne comme un marqueur de son positionnement personnel dans la nouvelle séquence.
Selon les propos rapportés, l’ancien maire distingue nettement le geste de clémence morale et la mémoire des faits. Il assume avoir pardonné à son prédécesseur, sans renoncer à qualifier ce qu’il considère comme une injustice judiciaire. Cette nuance, loin d’être anodine, structure depuis plusieurs années son discours public et celui de son mouvement Taxawu Sénégal, engagé dans une longue reconstruction après les turbulences de la période 2017-2019.
Un dossier judiciaire au cœur de la vie politique sénégalaise
L’affaire de la caisse d’avance de la mairie de Dakar avait valu à Khalifa Sall une condamnation à cinq ans de prison ferme pour escroquerie sur les deniers publics et faux en écriture. Le dossier, marqué par des divergences d’interprétation entre l’accusation et la défense sur la nature des fonds concernés, avait cristallisé le débat sur l’indépendance de la justice sénégalaise. Ses partisans y voyaient une manœuvre destinée à écarter un rival crédible de la course à la présidentielle de 2019, argument que le pouvoir de l’époque rejetait catégoriquement.
Privé de ses droits civiques, l’ancien maire n’avait pu concourir au scrutin présidentiel qui a reconduit Macky Sall dans ses fonctions. Sa libération en 2019, à la faveur d’une remise de peine, puis l’amnistie plus large votée en 2024, ont progressivement rouvert son horizon politique. Le retour de Khalifa Sall dans le jeu institutionnel s’est traduit par une participation active aux dernières échéances législatives et à la campagne présidentielle qui a porté le tandem Sonko-Faye au pouvoir.
Pardon politique et mémoire des faits
La formule employée par l’ancien maire, qui associe le pardon à un refus explicite de l’oubli, s’inscrit dans une tradition sénégalaise où la parole publique privilégie la retenue sans renoncer à la fermeté. En affirmant ne pas oublier, Khalifa Sall préserve la substance politique de son parcours et adresse un message à ses partisans, dont beaucoup restent marqués par les mois de détention et par le climat de tension qui avait accompagné le procès.
La distinction n’a rien de rhétorique. Elle éclaire la relation qu’entretiennent aujourd’hui les figures de l’ancienne opposition avec l’héritage de la présidence Macky Sall. Certains, à l’image d’Ousmane Sonko, désormais Premier ministre, privilégient une lecture combative des années passées. D’autres, dont Khalifa Sall se rapproche par son style, optent pour un discours d’apaisement institutionnel tout en refusant l’effacement mémoriel. Cette ligne de partage traverse la coalition au pouvoir comme les rangs de l’opposition résiduelle.
Un signal envoyé au nouveau paysage politique
L’intervention de l’ancien maire de Dakar intervient dans un contexte où les acteurs politiques sénégalais mesurent le poids de leurs prises de parole. Le pays sort d’une séquence institutionnelle éprouvante, marquée par le report contesté de la présidentielle de février 2024, puis par la victoire nette de Bassirou Diomaye Faye. Dans ce cadre, chaque expression publique d’une figure historique pèse dans la lecture des équilibres à venir.
Khalifa Sall, qui n’exerce aujourd’hui aucune fonction exécutive, conserve un capital politique substantiel, hérité de ses deux mandats à la tête de la capitale et de sa capacité à fédérer une aile modérée de l’ancienne opposition. Sa parole sur Macky Sall, à la fois clémente et lucide, dessine un positionnement d’homme d’État soucieux de la paix civile mais attentif à ce que les épisodes judiciaires du passé ne soient pas relégués au rang de simples péripéties. Selon Seneweb, l’ancien maire a tenu à souligner que le pardon accordé n’équivalait pas à une réécriture des faits.
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