Mali : Amnesty documente des exactions de l’armée et de Wagner

Soldier in Colombian military uniform holding a rifle, outdoors in Bojayá, Chocó, Colombia.Photo : Franklin Peña Gutierrez / Pexels

Un nouveau rapport d’Amnesty International, intitulé Nul n’est épargné, met en cause l’armée malienne et ses supplétifs russes du groupe Wagner dans une série d’exactions graves commises contre des civils au Mali. Publié le 29 septembre 2026, le document dresse un tableau accablant des méthodes employées dans le cadre des opérations antiterroristes menées par la junte au pouvoir à Bamako, avec l’appui de ses partenaires sécuritaires russes.

L’organisation de défense des droits humains recense des exécutions sommaires, des actes de torture, des disparitions forcées et des destructions de villages entiers. Ces faits, documentés à partir de témoignages recueillis auprès de rescapés et de proches de victimes, illustrent la dérive sécuritaire d’un pays engagé depuis 2012 dans une guerre asymétrique contre les groupes armés affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique.

Une chaîne d’exactions attribuées aux forces conjointes

Selon le rapport, les Forces armées maliennes (FAMa) et les combattants du groupe Wagner opèrent conjointement dans les zones rurales du centre et du nord, où la présence de l’État reste marginale. Amnesty décrit des raids nocturnes, des interpellations arbitraires et des exécutions ciblant en priorité les communautés peules, régulièrement soupçonnées de complicité avec les katibas jihadistes. Le document évoque également des cas de tortures pratiquées dans des lieux de détention non officiels, échappant à tout contrôle judiciaire.

Les enquêteurs de l’ONG s’appuient sur des recoupements géolocalisés, des analyses d’images satellite et des dizaines de témoignages directs. Plusieurs incidents documentés se sont produits dans les régions de Mopti, Ségou et Tombouctou, épicentres du conflit depuis le retrait de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) achevé fin 2023. Ce retrait, exigé par la junte du colonel Assimi Goïta, a laissé un vide sécuritaire que ni les FAMa ni Wagner ne parviennent à combler.

Le pivot russe à l’épreuve des droits humains

Depuis la rupture avec la France et le départ de la force Barkhane en 2022, Bamako s’appuie ouvertement sur Moscou pour restructurer son appareil de défense. Le groupe Wagner, devenu Africa Corps après la mort d’Evgueni Prigojine en 2023, opère désormais sous une tutelle plus directe du ministère russe de la Défense. Les autorités maliennes revendiquent des succès tactiques, notamment la reprise de Kidal en novembre 2023, mais leur bilan opérationnel se double d’une inflation des signalements d’abus.

Amnesty rappelle que le droit international humanitaire s’impose à tous les belligérants, y compris aux prestataires militaires étrangers. L’organisation demande l’ouverture d’enquêtes indépendantes et la suspension des transferts d’armes susceptibles d’alimenter ces violations. La Cour pénale internationale (CPI), déjà saisie du dossier malien depuis 2012, pourrait être conduite à élargir le périmètre de ses investigations si les autorités nationales persistent dans leur inertie judiciaire.

Un isolement diplomatique croissant pour Bamako

La publication de ce rapport intervient dans un contexte de tensions accrues entre la junte malienne et les partenaires occidentaux. Le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en janvier 2025, suivi de la création de l’Alliance des États du Sahel (AES), a redessiné la carte diplomatique régionale. Bamako conteste systématiquement les accusations portées contre ses forces, dénonçant des campagnes de déstabilisation orchestrées de l’étranger.

Reste que la répétition des rapports concordants, émanant d’Amnesty, de Human Rights Watch et d’anciens experts onusiens, fragilise la position officielle. Les partenaires économiques du pays, notamment dans le secteur aurifère où opèrent des groupes canadiens, australiens et sud-africains, sont désormais confrontés à un risque réputationnel accru. Les investisseurs suivent avec attention l’évolution du cadre sécuritaire, alors que le Mali demeure le troisième producteur d’or du continent.

Sur le plan intérieur, la junte au pouvoir depuis les coups d’État de 2020 et 2021 a repoussé sine die la transition démocratique initialement prévue pour février 2024. La marge de manœuvre des organisations de la société civile s’est considérablement réduite, plusieurs voix critiques ayant été arrêtées ou contraintes à l’exil. Dans ce climat, la documentation des exactions par des ONG internationales constitue l’un des rares contre-pouvoirs subsistants. Selon PressAfrik.

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Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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