Sud-Liban : nouvelle frappe israélienne meurtrière sur Ansar

Beautiful landscape of Bsharri, Lebanon, featuring a church amidst rolling hills and vibrant greenery.Photo : Fady / Pexels

Le Sud-Liban a de nouveau été frappé par l’aviation israélienne. Selon le quotidien libanais Al Akhbar, un raid mené sur la localité d’Ansar, dans le caza de Nabatiyé, a causé la mort de plusieurs personnes et fait des blessés, alimentant une séquence d’escalade militaire qui n’a cessé de s’intensifier ces dernières semaines. L’attaque s’ajoute à une longue liste de frappes ciblées menées par l’armée israélienne au-delà du fleuve Litani, en contradiction apparente avec l’accord de cessation des hostilités entré en vigueur le 27 novembre 2024.

Une frappe qui prolonge l’escalade au Sud-Liban

Ansar, village situé à quelques kilomètres au nord de Nabatiyé, est régulièrement visé par l’aviation israélienne depuis la reprise de facto des opérations. La frappe, relayée par la presse libanaise, a fait des victimes civiles selon les premiers bilans, sans que le nombre exact ne soit encore consolidé. Les autorités sanitaires de la région ont dépêché des équipes de la Défense civile et de la Croix-Rouge libanaise pour évacuer les blessés vers les hôpitaux de Nabatiyé et Saïda.

Cette localité, comme d’autres du caza, a été durement éprouvée durant les treize mois de guerre ouverte entre le Hezbollah et Israël. Les infrastructures locales, largement endommagées, n’avaient pas achevé leur reconstruction lorsque les frappes ont repris. Tel-Aviv justifie régulièrement ses opérations par la traque présumée de cadres du parti chiite ou par des tirs contre des positions décrites comme des dépôts d’armement.

Un cessez-le-feu de plus en plus théorique

L’accord de novembre 2024, négocié sous l’impulsion de l’administration américaine sortante et avec l’appui de la diplomatie française, prévoyait un retrait progressif des forces israéliennes du territoire libanais et un redéploiement de l’armée libanaise au sud du Litani, en soutien à la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL). Près d’un an après son entrée en vigueur, ce dispositif n’a jamais été pleinement appliqué. Israël maintient des positions dans plusieurs collines stratégiques et poursuit des frappes qu’il présente comme préventives.

Du côté libanais, les autorités dénoncent des violations quasi quotidiennes de la souveraineté nationale. Le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam ont, à plusieurs reprises depuis leur entrée en fonction, appelé les parrains de l’accord à faire pression sur Tel-Aviv pour qu’il respecte ses engagements. Ces appels sont restés largement sans effet, illustrant la difficulté de Beyrouth à peser diplomatiquement face à un rapport de forces défavorable.

Une équation régionale sous tension

La recrudescence des frappes intervient dans un contexte régional lourd. La reconfiguration du Levant après la chute du régime Assad en Syrie, la fragilisation de l’axe pro-iranien et les négociations en cours autour du dossier nucléaire iranien reconfigurent le rapport de forces au sein duquel le Hezbollah opère. Affaibli militairement par la guerre de 2024, le mouvement chiite conserve néanmoins une capacité de nuisance et une assise politique interne qui compliquent tout scénario de désarmement rapide.

Pour Israël, la stratégie assumée depuis plusieurs mois consiste à maintenir une pression militaire continue afin d’empêcher toute reconstitution des capacités du parti chiite. Cette doctrine, revendiquée par le cabinet de sécurité israélien, transforme le Sud-Liban en zone grise permanente, où la frontière entre trêve et guerre larvée s’efface. Les frappes sur Ansar, Aitaroun, Bint Jbeil ou Khiam témoignent d’un ciblage géographique large, qui ne se limite plus à la bande frontalière immédiate.

Reste la question du coût politique pour Beyrouth. Le gouvernement libanais, engagé dans un dialogue difficile avec le Fonds monétaire international et confronté à une reconstruction évaluée à plusieurs milliards de dollars par la Banque mondiale, n’a ni les moyens ni les relais diplomatiques pour imposer un changement de posture à son voisin. La communauté internationale, absorbée par d’autres théâtres, semble s’accommoder d’un statu quo dégradé. Selon Al Akhbar, l’attaque contre Ansar illustre la banalisation d’une violence militaire qui redessine, jour après jour, la géographie sécuritaire du Sud-Liban.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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