La justice syrienne condamne l’ex-mufti Ahmad Hassoun à perpétuité

A bustling street in Old Damascus with flocks of pigeons and historic architecture.Photo : Baraa Obied / Pexels

La justice syrienne a prononcé une peine de réclusion à perpétuité contre l’ancien grand mufti de la République, Ahmad Badreddine Hassoun, figure religieuse emblématique de l’ère Assad. Le verdict, rendu à Damas, marque une étape supplémentaire dans le processus judiciaire engagé par les nouvelles autorités syriennes contre les cadres politiques, sécuritaires et religieux liés à l’ancien régime. L’annonce a été relayée par plusieurs médias arabes, dont la presse libanaise.

Nommé mufti de la République en 2005 par Bachar al-Assad, Ahmad Hassoun avait occupé cette fonction jusqu’à la suppression du poste en 2021, au terme d’un remaniement du dispositif religieux officiel. Pendant plus de quinze ans, il a incarné la caution cléricale sunnite du pouvoir alaouite, multipliant les prises de position en faveur du président déchu, y compris aux moments les plus sanglants du conflit ouvert en 2011.

Un procès qui prolonge la reddition de comptes post-Assad

Depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024 et l’installation à Damas d’un exécutif issu de la coalition dirigée par Ahmad al-Charaa, les tribunaux syriens instruisent une série de dossiers visant d’anciens responsables. Militaires, chefs de services de sécurité, hauts fonctionnaires et personnalités religieuses figurent parmi les prévenus. La condamnation du cheikh Hassoun s’inscrit dans cette logique de justice transitionnelle, revendiquée par les nouvelles autorités comme un pilier de la reconstruction nationale.

L’ancien mufti était particulièrement visé en raison de son rôle politique. Ses discours prononcés durant la guerre civile, largement diffusés sur les chaînes officielles, avaient légitimé les opérations militaires du régime contre les zones d’opposition. Plusieurs ONG de défense des droits humains l’avaient identifié comme un relais de la propagande gouvernementale, tandis que l’Union européenne l’avait inscrit dès 2011 sur sa liste de sanctions pour son soutien public à la répression.

Une figure clivante du paysage religieux syrien

Ahmad Hassoun cultivait pourtant, sur la scène internationale, une image de dignitaire modéré et œcuménique. Reçu au Vatican, invité au Parlement européen en 2008, il avait notamment appelé au dialogue interreligieux et défendu une lecture apaisée de l’islam. Cette double posture, entre ouverture affichée à l’étranger et alignement inconditionnel à l’intérieur, lui a valu de solides inimitiés dans les rangs de l’opposition syrienne en exil.

L’assassinat de son fils Saria en 2011, près d’Alep, avait constitué un tournant. Le mufti avait alors durci le ton, prononçant devant les caméras un discours menaçant, adressé aux capitales occidentales, dans lequel il évoquait une riposte régionale en cas d’intervention étrangère contre Damas. Cette séquence, très commentée à l’époque, avait cristallisé son image de propagandiste du régime auprès d’une partie de l’opinion arabe et internationale.

Un signal politique adressé aux élites de l’ancien régime

Au-delà du sort personnel du cheikh Hassoun, la sentence revêt une portée symbolique. Elle confirme que les autorités de transition entendent traiter la question religieuse au même titre que les dossiers sécuritaires. Le clergé officiel sunnite, longtemps encadré par le ministère des Waqf et instrumentalisé par la présidence, se retrouve directement concerné par la reconfiguration institutionnelle en cours.

Pour les chancelleries arabes et occidentales qui suivent la transition syrienne, ce verdict fournit un indicateur supplémentaire de la doctrine judiciaire adoptée par Damas. Les partenaires régionaux, en particulier les monarchies du Golfe engagées dans un rapprochement mesuré avec la nouvelle Syrie, observent attentivement la manière dont les procès sont conduits, la question du droit à la défense et le calibrage des peines. La perpétuité prononcée contre une figure de premier plan sans exécution capitale envoie, à cet égard, un signal politique nuancé.

Reste que la légitimité du processus dépendra de sa capacité à englober l’ensemble des responsabilités, y compris celles qui pourraient émerger au sein des nouvelles forces au pouvoir. La communauté internationale, l’ONU et les organisations de victimes suivent de près la mise en place d’un cadre judiciaire pérenne, condition d’une réconciliation crédible. Selon Al Akhbar, la sentence contre Ahmad Hassoun a été confirmée par les autorités judiciaires syriennes.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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