À quelques semaines du sommet de la Francophonie prévu à Phnom Penh, la candidate mauritanienne au poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Coumba Ba, place son offensive diplomatique sous un mot d’ordre : l’unité africaine. Diplomate de carrière, portée par la présidence mauritanienne, elle estime que la dispersion des candidatures issues du continent constituerait une faute stratégique majeure à l’heure où l’espace francophone se recompose autour de nouveaux équilibres.
Une candidature adossée au soutien présidentiel mauritanien
Le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani s’est personnellement engagé derrière la candidature de Coumba Ba, faisant de cette bataille un dossier d’État. Nouakchott entend ainsi capitaliser sur son positionnement charnière entre Afrique de l’Ouest et Maghreb pour porter une voix jugée rassembleuse. La démarche s’inscrit dans une tradition mauritanienne d’activisme discret au sein des enceintes multilatérales, du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine à la Ligue arabe.
La candidate insiste sur la dimension collective de sa démarche. Elle ne se présente pas comme la simple porte-parole d’un pays, mais comme l’incarnation possible d’un compromis continental. Dans une organisation où les cinquante-quatre États et gouvernements africains membres ou observateurs pèsent numériquement, la fragmentation des soutiens ouvrirait mécaniquement la voie à des candidatures extra-africaines ou au maintien de rapports de force défavorables au continent.
Le spectre d’une dispersion continentale
La mise en garde de la diplomate mauritanienne n’est pas anodine. Plusieurs personnalités africaines ont fait connaître leur intérêt pour le poste, sans qu’un mécanisme formel de désignation par l’Union africaine ne vienne trancher. Faute d’arbitrage préalable, chaque capitale défend sa propre candidate ou candidat, au risque d’annuler l’effet cumulé des voix africaines lors du vote de Phnom Penh.
Ce schéma n’est pas nouveau. Il rappelle les précédents épisodes où l’absence de coordination continentale a coûté cher, notamment lors de certaines élections onusiennes. Coumba Ba appelle donc à un aggiornamento : identifier, en amont du sommet, la candidature la plus consensuelle et rallier les autres soutiens autour d’elle. La méthode suppose des concessions politiques que peu d’États acceptent de faire sans contrepartie, dans un jeu diplomatique où chaque siège international pèse.
La candidate se dit néanmoins optimiste. Elle décrit une écoute réelle de la part de ses interlocuteurs africains, tout en reconnaissant que rien n’est acquis. La prudence est de mise : le vote se déroule à huis clos, entre chefs d’État et de gouvernement, et les basculements de dernière minute font partie des usages de ce type de scrutin.
Phnom Penh, un test pour l’influence africaine
Le choix du prochain secrétaire général de l’OIF dépasse la seule question des équilibres internes à l’organisation. Il engage la capacité du continent à occuper les postes de direction dans les institutions multilatérales à un moment où la francophonie africaine représente la majorité démographique des locuteurs de la langue. Selon les projections de l’Observatoire de la langue française, l’Afrique concentrera près de 90 % des francophones à l’horizon 2060, ce qui redessine la légitimité des candidatures continentales.
Pour Nouakchott, l’enjeu est aussi de capitaliser sur une visibilité diplomatique renforcée depuis la présidence tournante de l’Union africaine assurée par la Mauritanie en 2024. Faire élire une secrétaire générale mauritanienne consoliderait ce positionnement et offrirait au pays un levier d’influence supplémentaire dans les négociations sur le Sahel, la sécurité régionale et les partenariats économiques.
Reste la variable des grandes capitales francophones extérieures au continent, dont les positions demeurent décisives. Paris, Ottawa, Bruxelles et les États membres asiatiques disposeront chacun d’une voix pesante, tandis que la présidence cambodgienne du sommet ajoutera sa propre coloration à l’exercice. Dans ce contexte, l’appel à l’unité de Coumba Ba sonne autant comme une conviction que comme un calcul lucide : sans front commun, l’Afrique risque de subir plutôt que d’orienter le prochain cycle de la francophonie institutionnelle. Selon Financial Afrik.
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