L’ONU vote pour rétablir la taille réelle de l’Afrique sur les cartes

From above of sunlit aged paper world map with continents countries and oceansPhoto : Nothing Ahead / Pexels

L’Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution appelant à corriger la représentation cartographique de l’Afrique, un continent systématiquement rapetissé par la projection de Mercator utilisée depuis le XVIe siècle. Le vote, largement favorable, marque une inflexion diplomatique attendue de longue date par les chancelleries africaines et par de nombreux géographes. Washington s’est distingué en s’y opposant, une position isolée qui n’a pas manqué de nourrir les commentaires dans les enceintes onusiennes.

Une distorsion cartographique vieille de cinq siècles

La projection de Mercator, conçue en 1569 par le cartographe flamand Gerardus Mercator pour faciliter la navigation maritime, déforme mécaniquement la surface des masses continentales à mesure que l’on s’éloigne de l’équateur. Résultat, le Groenland apparaît aussi vaste que l’Afrique alors que le continent africain est en réalité quatorze fois plus étendu. L’Europe, la Russie et l’Amérique du Nord se trouvent visuellement gonflées, tandis que l’Afrique, l’Amérique latine et l’Asie du Sud-Est sont réduites.

Cette distorsion, longtemps traitée comme une simple convention technique, est désormais lue par de nombreux États africains comme un vestige symbolique de la hiérarchie coloniale. En rétablissant les proportions, l’ONU acte une revendication portée depuis plusieurs années par l’Union africaine et par des cercles universitaires panafricains, qui plaidaient pour l’adoption de projections plus fidèles comme celle d’Arno Peters ou l’Equal Earth publiée en 2018.

Un vote quasi unanime, une seule voix contre

La quasi-totalité des États membres a soutenu le texte, à l’exception notable des États-Unis. Aucun autre grand acteur diplomatique n’a jugé utile de s’aligner sur la position américaine, y compris parmi les alliés traditionnels de Washington. Ce vote isolé intervient dans un contexte où l’administration américaine réévalue ses engagements multilatéraux, notamment en matière de politique culturelle et éducative.

Pour les diplomates africains présents à New York, ce résultat consacre une victoire symbolique dont la portée dépasse la seule question cartographique. Il valide l’idée que les instruments de représentation du monde, souvent perçus comme neutres, portent en réalité des choix politiques et culturels qui façonnent les perceptions collectives. Plusieurs délégations ont souligné que la révision des cartes utilisées dans les manuels scolaires, les médias et les institutions internationales aura un effet pédagogique durable sur les générations futures.

Enjeux stratégiques pour les capitales africaines

Au-delà de la symbolique, la décision onusienne ouvre un chantier concret. Les organisations internationales, les agences de développement et les grandes plateformes numériques telles que Google Maps ou Bing Maps sont désormais invitées à revoir leurs standards graphiques. Certaines, comme Google, avaient déjà entamé une transition en 2018 en adoptant une projection sphérique lorsque l’utilisateur dézoome. La généralisation de ces pratiques pourrait modifier durablement la manière dont l’Afrique est perçue par les investisseurs, les touristes et les partenaires commerciaux.

Pour les gouvernements du continent, l’enjeu est également narratif. Un continent visuellement diminué a longtemps été traité comme une périphérie de l’économie mondiale, alors même qu’il abrite plus de 1,4 milliard d’habitants, une jeunesse démographique inédite et des ressources minérales stratégiques pour la transition énergétique. Rendre à l’Afrique sa taille réelle, c’est aussi lui restituer une place proportionnée dans l’imaginaire géopolitique global.

Reste à observer comment la résolution sera traduite dans les faits par les États membres et par les acteurs privés du secteur cartographique. Les prochaines réunions des commissions spécialisées de l’ONU devraient préciser le calendrier et les modalités d’application. Dans les capitales africaines, de Dakar à Addis-Abeba, l’accueil est unanimement favorable, plusieurs ministères de l’Éducation ayant déjà annoncé leur intention de revoir les supports pédagogiques nationaux. Selon Info241.com, ce vote constitue un tournant symbolique dans la reconnaissance du continent africain sur la scène internationale.

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Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

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