Alger renoue avec Niamey et resserre ses liens avec l’AES

A stunning architectural shot with glass reflections and elegant arches in Algeria.Photo : Moussa Abdou / Pexels

La visite de trois jours effectuée par le Premier ministre nigérien Ali Mahamane Lamine Zeine à Alger, clôturée le jeudi 27 août 2026, marque une inflexion nette dans les relations entre l’Algérie et le Niger. Reçu avec les honneurs, le chef du gouvernement de Niamey a scellé une reprise du dialogue politique interrompu depuis le coup d’État de juillet 2023 contre le président Mohamed Bazoum. Ce déplacement acte, en creux, la reconnaissance de facto par Alger des autorités de transition dirigées par le général Abdourahamane Tiani.

Au-delà du symbole bilatéral, l’événement s’inscrit dans un mouvement diplomatique plus large : le rapprochement d’Alger avec plusieurs membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), la confédération qui réunit depuis 2024 le Mali, le Burkina Faso et le Niger sous l’égide de régimes militaires. Après des mois de brouille, la capitale algérienne semble décidée à reprendre pied dans un espace sahélien où son influence s’était considérablement érodée.

Une reprise du dialogue longtemps compromise avec Niamey

Les relations entre l’Algérie et le Niger s’étaient sérieusement détériorées au lendemain de la prise de pouvoir des militaires nigériens. Alger avait alors défendu une solution négociée pour le retour de Mohamed Bazoum et proposé une médiation à laquelle Niamey s’était opposée, y voyant une ingérence. Les échanges diplomatiques s’étaient réduits à leur plus simple expression, chaque capitale rappelant ou rétrogradant ses représentants.

La séquence d’août 2026 tranche avec ce climat. Ali Mahamane Lamine Zeine a été reçu par le président Abdelmadjid Tebboune, un signe protocolaire fort qui confère à la visite un statut politique de premier rang. Les deux parties ont évoqué la coopération sécuritaire aux frontières communes, longues de près de 1 000 kilomètres, ainsi que la relance de projets structurants comme la route transsaharienne et le gazoduc reliant le Nigeria à l’Europe via le territoire nigérien et algérien.

Le pari sahélien d’Abdelmadjid Tebboune

Le geste posé envers Niamey ne constitue pas un cas isolé. Alger a également multiplié, ces derniers mois, les signaux positifs en direction de Bamako, avec lequel les relations avaient atteint un point de rupture en 2024 après la dénonciation par les autorités maliennes de l’accord d’Alger de 2015 sur la paix dans le nord du Mali. Un mouvement de dégel s’esquisse, porté par un intérêt commun à sécuriser les circuits transfrontaliers et à contenir la propagation des groupes armés dans la bande sahélo-saharienne.

Ce recalibrage répond à une logique stratégique claire pour la présidence algérienne. La perte d’influence face aux acteurs extérieurs, notamment la Russie via ses partenariats sécuritaires avec les juntes sahéliennes, la Turquie et, dans une moindre mesure, les monarchies du Golfe, avait laissé Alger dans une position d’observateur. La diplomatie algérienne cherche désormais à réactiver ses leviers historiques : la profondeur des liens tribaux transfrontaliers, l’expertise sécuritaire du Département du renseignement et de la sécurité, et le poids énergétique de Sonatrach.

Enjeux économiques et sécuritaires imbriqués

Le volet économique de ce rapprochement n’est pas accessoire. Le gazoduc transsaharien, projet évalué à plus de 13 milliards de dollars et censé acheminer le gaz nigérian vers le marché européen via le Niger et l’Algérie, ne peut se concrétiser sans un climat politique stabilisé entre les trois États concernés. La visite d’Ali Mahamane Lamine Zeine a permis, selon les communiqués officiels, de réaffirmer l’engagement des parties sur cette infrastructure stratégique.

La coopération sécuritaire constitue l’autre pilier de la relance. Les autorités des deux pays partagent une inquiétude commune face à l’expansion des groupes jihadistes dans la région des trois frontières et à l’intensification des trafics d’armes et de migrants. Alger, qui avait fermé sa frontière avec le Niger en 2023, dispose d’un arsenal de renseignement et de forces spéciales dont Niamey pourrait tirer parti, à l’heure où la force conjointe de l’AES peine à monter en puissance.

Reste que ce rapprochement s’opère dans un environnement régional volatil. L’AES entend affirmer son autonomie stratégique face à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et aux partenaires occidentaux traditionnels. Alger devra composer avec cette exigence de souveraineté revendiquée par les juntes, tout en préservant ses propres marges de manœuvre diplomatiques. Selon PressAfrik, la séquence ouverte par la visite du chef du gouvernement nigérien pourrait déboucher, dans les prochains mois, sur un déplacement présidentiel d’Abdelmadjid Tebboune dans un pays de l’AES.

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Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

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