La lutte contre l’orpaillage illégal en Côte d’Ivoire franchit une nouvelle étape. Réunis à l’occasion d’une rencontre consacrée à ce fléau minier, les préfets de département se sont engagés à en finir avec les sites clandestins dans un horizon de six mois. Cette échéance, courte au regard de l’ampleur du phénomène, illustre l’urgence ressentie au sommet de l’État face aux dégâts multiples provoqués par l’exploitation aurifère informelle. Elle place également les représentants territoriaux du pouvoir central en première ligne d’une bataille jusqu’ici menée avec des résultats inégaux.
Une pression administrative renouvelée contre l’orpaillage clandestin
L’orpaillage illégal, désigné localement sous l’appellation évocatrice d’activité minière informelle, s’est propagé au cours de la dernière décennie sur de vastes portions du territoire ivoirien. Les régions aurifères du nord, du centre et de l’ouest, en particulier autour de Bouna, Bondoukou, Séguéla ou Hiré, concentrent des sites où opèrent aussi bien des ressortissants nationaux que des travailleurs venus de pays voisins. En s’octroyant un délai de six mois, les préfets adressent un signal politique fort à ces réseaux souvent structurés, parfois protégés par des complicités locales. La méthode retenue repose sur une coordination renforcée entre autorités administratives, forces de défense et de sécurité, et services techniques du ministère des Mines.
Pour les décideurs publics, l’enjeu dépasse la seule dimension minière. L’orpaillage clandestin prive l’État ivoirien de recettes fiscales significatives, alimente des circuits parallèles de commercialisation de l’or et échappe presque intégralement aux dispositifs de traçabilité mis en place au niveau régional. Concrètement, une part difficile à chiffrer de la production aurifère du pays quitte le territoire sans transiter par les guichets officiels, au bénéfice de comptoirs installés dans la sous-région.
Environnement, sécurité et santé publique : un faisceau de risques
Les dommages écologiques constituent l’un des motifs les plus régulièrement invoqués pour justifier une action ferme. L’usage massif de mercure et de cyanure dans les procédés artisanaux contamine durablement les sols, les nappes phréatiques et les cours d’eau. Des zones agricoles autrefois productives se retrouvent lessivées, cratérisées, impropres à toute remise en culture. Dans plusieurs départements, des communautés villageoises signalent des cas de maladies respiratoires et cutanées associés à la proximité des sites d’extraction.
La question sécuritaire pèse tout autant. Les sites clandestins forment des enclaves peu contrôlées où prospèrent violences armées, trafics d’explosifs et rivalités communautaires. Dans les zones frontalières, la porosité avec le Burkina Faso, le Mali et la Guinée renforce les inquiétudes des autorités ivoiriennes, qui redoutent une contamination par des dynamiques criminelles observées plus au nord. Le lien entre orpaillage informel et financement de groupes armés, documenté au Sahel, nourrit une vigilance particulière du côté d’Abidjan.
Un délai serré face à une économie parallèle enracinée
Reste que l’objectif affiché soulève des interrogations quant à sa faisabilité. Les précédentes campagnes de déguerpissement, régulièrement engagées depuis 2014, ont produit des résultats mitigés, les sites démantelés se reconstituant ailleurs quelques semaines après le passage des forces de l’ordre. La réussite du calendrier annoncé dépendra de la capacité des préfets à conjuguer opérations coercitives et solutions alternatives pour les milliers d’orpailleurs qui vivent de cette activité. Sans dispositif d’accompagnement crédible, orientation vers l’orpaillage semi-mécanisé encadré ou reconversion agricole, la pression administrative risque de se heurter à la réalité socio-économique du terrain.
Le gouvernement ivoirien mise également sur le renforcement du cadre légal et sur une meilleure articulation entre les acteurs institutionnels. La Société pour le développement minier de la Côte d’Ivoire (SODEMI) et les brigades spécialisées du ministère des Mines devraient être davantage sollicitées pour cartographier les sites et étayer les décisions préfectorales. À l’échelle sous-régionale, une coopération accrue avec les États voisins apparaît indispensable pour tarir les flux transfrontaliers d’or non déclaré. Le succès de la séquence des six prochains mois servira de test grandeur nature à la doctrine ivoirienne de reprise en main du secteur aurifère informel. Selon Abidjan.net.
Pour aller plus loin
Canyon Resources exclue de l’indice All Ordinaries de l’ASX · RDC : l’interdiction des exports miniers menace d’alimenter la contrebande · Terres rares au Cameroun : Lion Rock annonce 4,54 % TREO à Minta Est

Be the first to comment on "Orpaillage illégal : les préfets ivoiriens fixent un délai de six mois"