Vice-présidence au Cameroun : Atanga Nji balaie les critiques

A vibrant aerial view of the 'Love My Country Cameroon' monument in Yaoundé, showcasing urban traffic and cityscape.Photo : K / Pexels

La création d’un poste de vice-président au Cameroun revient au cœur du débat institutionnel. Ministre de l’Administration territoriale (MINAT) et pilier du dispositif sécuritaire du régime, Paul Atanga Nji a pris la parole pour couper court aux réserves formulées par plusieurs acteurs politiques. Selon lui, toute polémique alimentée autour de ce projet resterait sans effet sur le processus engagé par les autorités. La sortie du ministre confirme que l’exécutif entend imposer son calendrier et sa lecture d’une réforme dont les contours suscitent des interrogations persistantes.

Une réforme institutionnelle sous haute tension à Yaoundé

Le débat sur la vice-présidence n’est pas nouveau à Yaoundé. Prévu depuis la révision constitutionnelle de 1996, ce poste n’a jamais été activé, laissant le président du Sénat en position de successeur en cas de vacance du pouvoir. La perspective de sa création effective ravive donc mécaniquement les spéculations sur la transition à la tête de l’État, alors que Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, demeure la figure centrale du système. Pour une partie de l’opposition et de la société civile, la manœuvre ressemble à une opération d’ingénierie politique destinée à sécuriser un scénario successoral maîtrisé.

Paul Atanga Nji, lui, s’inscrit à contre-courant de ces lectures. Le ministre estime que la controverse est instrumentalisée par des acteurs politiques dépourvus de légitimité pour peser sur l’agenda institutionnel. Sa posture traduit la stratégie classique du pouvoir camerounais face aux critiques : disqualifier les contestataires plutôt que débattre du fond. Reste que la réforme touche à un point névralgique de l’architecture républicaine, celui de la dévolution du pouvoir suprême.

Atanga Nji, avocat zélé d’un projet présidentiel

Homme lige du chef de l’État, Paul Atanga Nji occupe depuis 2018 le portefeuille stratégique de l’Administration territoriale, à la charnière entre sécurité intérieure, gestion des collectivités locales et supervision du fait politique. Sa parole engage donc davantage que sa personne. En qualifiant de vaines les critiques adressées au projet, il envoie un signal aux préfets, sous-préfets et gouverneurs placés sous son autorité, mais aussi aux partis d’opposition tentés d’ouvrir un front sur la question. Le message est clair : le débat n’aura pas lieu hors du cadre fixé par le sommet de l’État.

Cette fermeté s’inscrit dans un contexte où le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), formation présidentielle, prépare l’après-Biya sans jamais le formuler publiquement. La création d’une vice-présidence permettrait d’installer, en amont, une figure susceptible d’assurer la continuité du régime. Elle pourrait aussi rééquilibrer certaines composantes régionales et communautaires du pouvoir, dans un pays où la question anglophone et les fractures Nord-Sud pèsent lourd sur la stabilité.

Un signal politique aux répercussions régionales

Au-delà des frontières camerounaises, la manière dont Yaoundé abordera cette réforme sera scrutée par les capitales voisines et par les partenaires internationaux. Le Cameroun demeure un pivot économique et sécuritaire de la sous-région d’Afrique centrale, tant pour la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) que pour les opérations conduites contre les groupes armés dans le bassin du lac Tchad. Toute incertitude sur la mécanique successorale se répercute sur la perception du risque politique, à un moment où les investisseurs surveillent attentivement les trajectoires institutionnelles de la zone.

Concrètement, la sortie du ministre Atanga Nji vise à refermer un débat qui ne fait, en réalité, que commencer. Les modalités de désignation du futur vice-président, l’étendue de ses prérogatives et son articulation avec la présidence du Sénat restent à préciser. Tant que ces zones grises ne seront pas levées, les critiques dénoncées par le pouvoir continueront d’alimenter le débat public camerounais. Par ailleurs, la sensibilité du sujet impose une pédagogie institutionnelle que la seule fermeté ministérielle ne suffira pas à remplacer.

Selon Journal du Cameroun, le ministre a réaffirmé que les controverses orchestrées par certains acteurs politiques resteraient sans portée sur la mise en œuvre du projet.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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