Gabon : le Conseil scientifique du CIRMF réactivé après 13 ans

Scientist in a lab coat handling test tubes under pink lighting, using a microscope.Photo : Artem Podrez / Pexels

Le Centre interdisciplinaire de recherches médicales de Franceville (CIRMF) tourne une page. Après treize années d’interruption, l’institution gabonaise a réactivé son Conseil scientifique, organe consultatif chargé d’orienter la stratégie de recherche et de garantir la rigueur méthodologique des travaux menés dans le Haut-Ogooué. La décision, portée par la direction générale et validée par les autorités de tutelle, marque une inflexion notable dans la gouvernance de ce fleuron scientifique implanté à Franceville depuis les années 1970.

Un instrument de pilotage scientifique remis en marche

Créé à l’origine pour évaluer les programmes de recherche, arbitrer les priorités et valider les protocoles, le Conseil scientifique du CIRMF avait cessé de se réunir depuis 2012. Cette longue parenthèse a coïncidé avec une période de turbulences budgétaires et de recompositions institutionnelles pour le centre, longtemps adossé au financement de la compagnie pétrolière Elf puis à des dotations publiques irrégulières. La réactivation de l’instance répond à une exigence de transparence académique, mais aussi à la nécessité de crédibiliser les publications du CIRMF auprès des bailleurs internationaux et des partenaires universitaires.

Concrètement, l’organe rassemble des chercheurs et experts, gabonais et étrangers, dont la mission consiste à émettre des avis indépendants sur les programmes en cours et à venir. Cette collégialité scientifique constitue, dans les standards internationaux, un préalable pour l’obtention de financements compétitifs, qu’il s’agisse des enveloppes de l’Union européenne, des consortiums de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ou des grandes fondations privées engagées sur les maladies tropicales.

Le CIRMF, actif stratégique de la recherche africaine

Le CIRMF n’est pas un laboratoire ordinaire. Depuis un demi-siècle, il s’est imposé comme l’un des rares centres du continent capables de mener des travaux de pointe sur les fièvres hémorragiques, le paludisme, le VIH ou encore la primatologie. Ses équipes ont contribué à des avancées majeures sur les épidémies à virus Ebola en Afrique centrale, notamment lors des flambées survenues au Gabon et en République du Congo à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Le centre héberge par ailleurs une station de primatologie qui reste une référence pour l’étude comparée des pathologies humaines.

Cette expertise en fait un atout stratégique pour Libreville, à l’heure où la souveraineté sanitaire s’impose comme un enjeu diplomatique majeur sur le continent. La pandémie de Covid-19 a rappelé la vulnérabilité des États africains face à une dépendance extérieure en matière de diagnostic, de séquençage et de production de vaccins. Disposer d’un centre national capable de séquencer, caractériser et suivre les agents pathogènes émergents constitue, pour un pays de 2,3 millions d’habitants, un avantage géopolitique rare en Afrique centrale.

Un signal envoyé par la transition gabonaise

La réactivation du Conseil scientifique s’inscrit dans la dynamique de refondation institutionnelle engagée depuis le changement de pouvoir intervenu en août 2023. Les autorités de transition ont multiplié les gestes en faveur du secteur académique et scientifique, présenté comme un pilier de la diversification économique et de la valorisation du capital humain. La remise en ordre de marche des instances de gouvernance des établissements publics fait partie des chantiers annoncés par l’exécutif.

Reste à traduire ce signal en moyens concrets. Le CIRMF a besoin, pour maintenir son rang, d’un flux régulier de financements, d’un renouvellement de ses équipements et d’une politique de rétention des chercheurs face à la concurrence des laboratoires européens et sud-africains. La feuille de route du Conseil scientifique réactivé pourrait précisément servir de matrice à un plan pluriannuel, articulant priorités de recherche, partenariats internationaux et formation doctorale. Sans cet appui structurel, le retour de l’instance risquerait de rester un symbole. Avec lui, Franceville peut espérer retrouver la place qu’elle occupait, il y a une vingtaine d’années, dans la cartographie mondiale de la recherche sur les maladies infectieuses.

Selon Info241.

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Léa Mbongo
Reporter société, Léa Mbongo s'intéresse aux enjeux agricoles, environnementaux et de santé publique en Afrique francophone. Elle a couvert les crises climatiques du Sahel, les politiques de sécurité alimentaire et l'émergence des filières agroalimentaires locales. Ses reportages donnent la parole aux acteurs de terrain.

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