Le taux de fréquentation scolaire a progressé de 12% dans la région du Sud-Ouest camerounais, l’une des deux régions anglophones plongées depuis 2016 dans un conflit opposant forces gouvernementales et groupes séparatistes. Cette évolution, communiquée par les autorités régionales, marque une inflexion notable dans un territoire où les écoles figurent parmi les cibles récurrentes des groupes armés et où le boycott scolaire fut érigé en arme politique dès le déclenchement de la crise.
Un indicateur scruté par Yaoundé
Le retour des élèves dans les salles de classe constitue, pour le gouvernement camerounais, un marqueur privilégié pour attester d’un retour progressif à la normale dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Depuis 2017, la fréquentation y avait chuté drastiquement, sous l’effet conjugué des mots d’ordre séparatistes appelant au boycott, des attaques ciblées contre les établissements et de l’insécurité générale qui a poussé des dizaines de milliers de familles au déplacement interne ou à l’exil vers le Nigeria voisin.
La progression de 12% enregistrée dans le Sud-Ouest, dont Buéa est le chef-lieu, s’inscrit dans cette tentative de reconquête administrative. Elle traduit une combinaison de facteurs : redéploiement des effectifs enseignants, sécurisation renforcée autour de certains établissements, lassitude d’une partie des populations face à un conflit qui s’enlise, et politiques incitatives à destination des familles déplacées. Reste que le chiffre communiqué demeure un taux régional agrégé, susceptible de masquer d’importantes disparités entre zones urbaines relativement stabilisées et arrière-pays rural où l’influence des groupes armés demeure prégnante.
L’école, enjeu central de la crise anglophone
Depuis les premières manifestations d’avocats et d’enseignants anglophones fin 2016, la question éducative se trouve au cœur du différend qui oppose les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest au pouvoir central de Yaoundé. Les revendications initiales portaient notamment sur la préservation du système éducatif de tradition anglo-saxonne face à ce qui était perçu comme une francisation rampante. La radicalisation ultérieure du mouvement a transformé les écoles en champ de bataille symbolique, avec des consignes de fermeture imposées par les groupes séparatistes et des représailles violentes contre les récalcitrants.
Les Nations unies et plusieurs organisations humanitaires ont documenté, au fil des années, la destruction d’établissements, l’enlèvement d’élèves et d’enseignants ainsi que les traumatismes durables infligés à toute une génération scolaire. La reprise partielle observée dans le Sud-Ouest suggère un affaiblissement relatif de la capacité de coercition des groupes armés sur les communautés éducatives, sans pour autant signifier la fin des risques. Plusieurs incidents ont encore été signalés au cours des derniers mois dans des localités reculées.
Un signal à relativiser
Pour les analystes, la hausse de 12% doit être lue avec prudence. Elle intervient à partir d’une base historiquement basse, après des années durant lesquelles certaines zones affichaient des taux de scolarisation effondrés à des niveaux inédits depuis les indépendances. Ramener l’école dans le Sud-Ouest suppose bien davantage qu’une amélioration statistique : cela exige la reconstruction d’infrastructures endommagées, la restauration de la confiance des parents et la résolution politique d’un conflit qui, malgré le Grand dialogue national de 2019 et l’octroi d’un statut spécial aux deux régions, n’a pas trouvé d’issue négociée.
Sur le plan économique, la région du Sud-Ouest concentre par ailleurs des enjeux stratégiques majeurs pour le Cameroun : plantations agro-industrielles de la Cameroon Development Corporation (CDC), zone portuaire de Limbé, ressources pétrolières offshore. La stabilisation du tissu scolaire y conditionne à moyen terme la disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée et, plus largement, la capacité du pays à rétablir un climat d’investissement dans ses territoires anglophones. Selon Journal du Cameroun, les autorités régionales entendent poursuivre les mesures d’accompagnement destinées à consolider cette dynamique de retour à l’école.
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