La dette publique du Sénégal a franchi un palier symbolique en 2024, s’établissant à près de 25 000 milliards de francs CFA selon les évaluations relayées par l’économiste Chahm Morka. Cette trajectoire ascendante intervient alors que le nouvel exécutif dakarois, installé depuis avril 2024, hérite d’un cadre macroéconomique déjà tendu et d’un service de la dette en forte progression. L’ampleur du stock souverain interroge la capacité de l’État à préserver ses marges d’investissement tout en honorant ses échéances extérieures.
Une explosion de la dette qui rebat les cartes budgétaires
Le volume atteint représente une hausse substantielle par rapport aux exercices antérieurs, sous l’effet conjugué des financements mobilisés durant la période pré-électorale et du renchérissement des conditions d’emprunt sur les marchés internationaux. Chahm Morka souligne que cette accumulation d’engagements réduit mécaniquement l’espace fiscal disponible pour les politiques sociales et les grands projets d’infrastructures. Le poids du service de la dette absorbe désormais une part croissante des recettes budgétaires, limitant la souveraineté financière effective de l’État.
Le constat rejoint les mises en garde formulées ces derniers mois par plusieurs institutions financières multilatérales, qui ont revu à la hausse leur estimation du ratio dette sur produit intérieur brut du Sénégal. Le pays, longtemps cité comme un modèle de discipline budgétaire en Afrique de l’Ouest, voit sa signature soumise à des tensions renouvelées. Les agences de notation ont d’ailleurs procédé à des ajustements de perspective au cours des derniers trimestres, traduisant une perception accrue du risque souverain.
Un audit qui a redessiné le passif souverain
La révélation de chiffres révisés, à la suite de l’audit engagé par les nouvelles autorités sur les finances publiques héritées du régime précédent, a nourri le débat sur la fiabilité des statistiques budgétaires antérieures. Les écarts constatés entre les données initialement publiées et les montants recalculés portent à la fois sur la dette extérieure, la dette intérieure et les engagements hors bilan. Cette clarification comptable, si elle assainit la lecture des comptes, alourdit également le passif reconnu et complique les négociations en cours avec les partenaires techniques et financiers.
Le Fonds monétaire international a suspendu certains décaissements dans l’attente d’un cadre programmatique révisé, tandis que Dakar cherche à renouer le dialogue autour d’un nouveau programme. Chahm Morka insiste sur la nécessité d’une stratégie de désendettement crédible, adossée à une mobilisation renforcée des recettes fiscales et à un tri sélectif des projets d’investissement public. Sans ce recalibrage, prévient-il, le risque d’un cercle vicieux entre emprunts nouveaux et remboursements anciens deviendrait difficile à endiguer.
Quelles marges de manœuvre pour Dakar
Les leviers disponibles restent étroits. La renégociation de certaines échéances bilatérales, notamment avec des créanciers non membres du Club de Paris, constitue une piste évoquée par plusieurs analystes. L’élargissement de l’assiette fiscale, la lutte contre la fraude et l’optimisation des recettes tirées des hydrocarbures, dont la production a démarré en 2024 sur les champs de Sangomar et bientôt Grand Tortue Ahmeyim, sont autant d’options que le gouvernement entend actionner. Reste que les revenus pétroliers et gaziers, bien qu’attendus, ne suffiront pas à eux seuls à compenser le poids cumulé du passif.
La rationalisation des dépenses courantes, en particulier la masse salariale de la fonction publique et les subventions énergétiques, figure également parmi les chantiers ouverts. Chaque arbitrage comporte cependant un coût politique et social élevé, dans un pays où les attentes en matière d’emploi des jeunes et de pouvoir d’achat demeurent fortes. Concrètement, la crédibilité de la trajectoire budgétaire dépendra autant de la qualité des réformes annoncées que de la capacité de l’exécutif à restaurer la confiance des marchés.
Par ailleurs, la question de la transparence sur les engagements publics, souvent invoquée par la société civile, devient un test de gouvernance pour le nouveau pouvoir. La publication régulière d’un rapport détaillé sur la dette, incluant les garanties accordées aux entreprises publiques, est réclamée avec insistance. Selon PressAfrik, l’alerte lancée par Chahm Morka s’inscrit dans un débat national appelé à s’intensifier au fil des prochaines lois de finances.
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