L’Algérie a porté sa bataille contre le fléau de la prégabaline devant la Commission des stupéfiants des Nations unies, réunie à Vienne. Alger réclame officiellement le classement de cette molécule parmi les substances psychotropes placées sous contrôle international, une décision qui contraindrait l’ensemble des États membres à restreindre sa production, sa circulation et sa délivrance. La démarche marque une inflexion diplomatique majeure pour un pays confronté depuis plusieurs années à la banalisation de ce médicament détourné de son usage thérapeutique.
Un médicament antiépileptique devenu drogue de rue
Commercialisée sous diverses marques, la prégabaline est à l’origine un antiépileptique prescrit contre les douleurs neuropathiques et certains troubles anxieux. Son détournement massif, notamment par la jeunesse maghrébine, a transformé cette molécule en substance d’addiction bon marché, aux effets sédatifs et euphorisants redoutés par les autorités sanitaires. Les services de sécurité algériens multiplient depuis plusieurs mois les saisies portant sur des centaines de milliers de comprimés, souvent introduits en contrebande depuis les frontières orientales et occidentales du pays.
Le phénomène dépasse largement le simple problème de santé publique. Il alimente une économie parallèle structurée, où se croisent réseaux de trafiquants, filières de contrefaçon pharmaceutique et circuits de blanchiment. Les hôpitaux algérois signalent une hausse notable des admissions pour overdoses et troubles psychiatriques aigus liés à cette consommation, tandis que les tribunaux voient affluer des dossiers mêlant délinquance juvénile et dépendance.
Une offensive diplomatique à Vienne
En portant le dossier devant la Commission des stupéfiants, l’un des principaux organes de décision de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), Alger cherche à obtenir un effet levier que la seule législation nationale ne peut produire. Un classement international de la prégabaline dans les tableaux de la Convention de 1971 sur les substances psychotropes obligerait les pays producteurs, essentiellement asiatiques et européens, à imposer des quotas, une traçabilité renforcée et des contrôles à l’exportation.
La diplomatie algérienne mise sur la constitution d’une coalition élargie, associant plusieurs États d’Afrique du Nord et du Sahel eux aussi confrontés au même fléau. Le Maroc, la Tunisie, l’Égypte et la Mauritanie observent des dynamiques comparables sur leur sol, avec des variantes propres à chaque marché. Cette convergence d’intérêts sanitaires pourrait faciliter l’émergence d’une position africaine coordonnée à Vienne, appuyée par les organisations sanitaires régionales.
Une bataille aux enjeux industriels sensibles
Le classement international se heurte toutefois à des résistances significatives. La prégabaline demeure un médicament essentiel pour des millions de patients épileptiques et neurologiques dans le monde, et plusieurs laboratoires pharmaceutiques mondiaux, dont des génériqueurs indiens et européens, en tirent des revenus substantiels. Toute régulation contraignante impliquerait une refonte des chaînes logistiques et administratives, avec un renchérissement probable pour les systèmes de santé.
Alger devra donc démontrer, chiffres épidémiologiques à l’appui, l’ampleur du détournement et l’insuffisance des mesures nationales isolées. Les autorités algériennes ont déjà durci l’encadrement de la délivrance en officine, imposé une ordonnance sécurisée et lancé des campagnes de sensibilisation ciblant les lycéens. Mais tant que l’offre internationale demeurera peu contrainte, les réseaux de contrebande continueront d’alimenter le marché noir maghrébin.
L’issue du vote de Vienne, attendue dans les prochains mois, constituera un test de la capacité des pays du Sud à peser sur l’agenda multilatéral des drogues, longtemps dominé par les priorités occidentales centrées sur l’héroïne, la cocaïne ou les opioïdes synthétiques. Pour Alger, l’enjeu est autant sanitaire que sécuritaire, tant la déstabilisation sociale liée à cette addiction pèse sur la cohésion urbaine. Selon El Watan, la démarche algérienne bénéficie d’un premier accueil favorable au sein des instances onusiennes.
Pour aller plus loin
Migration clandestine : le carnet de Malian relance l’enquête au Sénégal · La Fédération sénégalaise de lutte présente enfin son bilan · Yacine Idriss Diallo réélu président de la FIF avec 123 voix sur 149

Be the first to comment on "L’Algérie demande à Vienne un contrôle mondial de la prégabaline"