Cameroun : l’Imprimerie nationale annule un marché de 230 millions FCFA

Detailed view of an industrial printing press with precise mechanics.Photo : Wendelin Jacober / Pexels

L’Imprimerie nationale du Cameroun a annulé l’appel d’offres de 230 millions de FCFA TTC lancé le 7 août 2026 pour la remise en état d’une partie de son outil industriel. La décision, paraphée le 9 septembre par le directeur général Pierre Nolasque Oyono Bika, a été mise en ligne deux jours plus tard sur le portail de l’Agence de régulation des marchés publics (ARMP). Le document se contente de renvoyer à l’article 92 des directives internes de gestion des marchés publics de l’établissement, sans exposer les motifs concrets de l’abandon.

Aucune indication n’est fournie quant à l’ouverture éventuelle des plis, au lancement d’une nouvelle consultation ou à l’affectation future de la dotation prévue. L’annulation d’un marché ne préjuge pas, en soi, du sort réservé aux crédits mobilisés. La procédure avait déjà subi deux glissements de calendrier. Fixée initialement au 28 août, la remise des offres avait été reportée au 31 août par un premier additif du 27 août, puis au 2 septembre par un second. L’abandon est intervenu sept jours après cette échéance ultime, sans que les actes publiés n’établissent de lien explicite avec les reports antérieurs.

Sept lots pour un outil industriel à bout de souffle

Le dossier d’appel d’offres prévoyait un financement adossé au budget de fonctionnement 2026 de l’Imprimerie nationale, sur une dotation spéciale du ministère des Finances. La consultation était réservée aux entreprises camerounaises spécialisées dans les génies mécanique et électrotechnique, dans une logique de contenu local. Les 230 millions de FCFA se répartissaient entre sept lots aux enveloppes contrastées.

Le poste le plus lourd, soit 70 millions de FCFA, représentait 30,4 % de l’ensemble et ciblait quatre équipements dédiés à la sécurisation des documents. Cinq presses offset de la série SX absorbaient 45 millions, tandis que quatre machines de production d’enveloppes et cinq massicots se voyaient chacun affecter 40 millions. Quatre presses offset de la série K mobilisaient 15 millions de FCFA. La climatisation de trois espaces de production et la révision d’une rotative offset complétaient le dispositif à hauteur de 10 millions chacun.

Le cahier des charges dressait un état des lieux préoccupant : rouleaux, courroies et capteurs usés, systèmes de commande défaillants, dérèglements de programmation, climatiseurs hors service. Les prestations attendues combinaient interventions mécaniques, électriques et électroniques, remplacement de pièces et formation des opérateurs comme du personnel de maintenance. Les délais d’exécution s’étalaient de 45 à 120 jours selon les lots. Le document imposait par ailleurs aux prestataires retenus de garantir le maintien en état des machines pendant la production d’une commande de matériel électoral, verrou opérationnel dont la couverture future n’est pas précisée.

Un partenariat public-privé de vingt ans en toile de fond

Cette opération de maintenance devait se déployer moins d’un an après la signature, le 28 novembre 2025, d’un partenariat public-privé entre l’Imprimerie nationale et le groupe ivoirien Impact Palmarès R&D. Présenté comme conclu pour deux décennies, l’accord porte sur la modernisation, l’automatisation et la sécurisation de l’outil de production de l’établissement public camerounais.

Le compte rendu diffusé par le ministère de la Communication identifie deux signataires : Pierre Nolasque Oyono Bika pour l’Imprimerie nationale et Giresse Tella, président d’Impact Palmarès R&D. Le ministre René Emmanuel Sadi présidait la cérémonie sans figurer parmi les cocontractants. Le montant du PPP, son plan de financement et la répartition des investissements entre partenaires n’ont pas été rendus publics. Le dossier d’appel d’offres de 2026 ne clarifie pas davantage l’articulation entre les 230 millions de FCFA envisagés et les engagements du partenaire ivoirien, qu’il s’agisse d’une phase transitoire, d’un volet indépendant ou d’une prestation potentiellement absorbée par le contrat.

Les difficultés industrielles de l’imprimeur d’État ne datent pas d’hier. En mars 2019, Cameroon Tribune décrivait un parc de machines de petit format ramené de dix à quatre unités opérationnelles, avec des équipements grand format à l’arrêt. La même année, l’établissement n’avait honoré que 3 milliards de FCFA de commandes sur 7 milliards enregistrés en 2018, soit un taux d’exécution de 42,9 %. Ces indicateurs, s’ils documentent l’ancienneté du problème, ne renseignent ni la trésorerie ni la production courante de la structure. Selon Investir au Cameroun, aucun lien ne peut être établi à ce stade entre le PPP conclu avec Impact Palmarès R&D et le retrait de l’appel d’offres.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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