La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) multiplie les initiatives pour désamorcer les blocages qui entravent la conclusion de nouveaux programmes entre le Fonds monétaire international (FMI) et trois États membres de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) : le Cameroun, le Congo et le Gabon. La question dépasse le seul cadre budgétaire de chacun de ces pays. Elle engage la crédibilité de l’ancrage monétaire du franc CFA d’Afrique centrale et la trajectoire des réserves de change mutualisées à Yaoundé.
Une négociation à trois bandes autour de la conditionnalité du FMI
Les discussions entre les autorités des trois pays concernés et les équipes du FMI patinent depuis plusieurs mois. Les points de friction portent notamment sur la trajectoire budgétaire, la transparence de la dette publique et la mise en œuvre effective des réformes structurelles négociées lors des exercices précédents. Pour la BEAC, dirigée par le Camerounais Yvon Sana Bangui, ces retards affaiblissent la position de la sous-région face à ses partenaires financiers extérieurs et pèsent sur la prévisibilité des appuis budgétaires attendus.
La banque centrale communautaire joue ici un rôle inhabituel de facilitateur. Traditionnellement cantonnée à la politique monétaire et à la gestion des réserves de change, elle se retrouve en position d’intermédiaire entre des gouvernements aux marges de manœuvre budgétaires étroites et un bailleur multilatéral soucieux de faire respecter la discipline convenue. Cette implication traduit la conscience aiguë, à Yaoundé, du lien mécanique entre les tirages du FMI et le niveau des avoirs extérieurs de la zone.
Le Cameroun, le Congo et le Gabon face à des trajectoires distinctes
Les trois pays ne présentent pas le même profil. Le Cameroun, première économie de la CEMAC, arrive au terme d’un programme appuyé par une facilité élargie de crédit et un mécanisme élargi de crédit, dont la succession reste à négocier. Le Congo, longtemps confronté à un endettement chinois et à des créanciers commerciaux exigeants, cherche à consolider ses acquis en matière de gestion de la dette. Le Gabon, entré dans une phase de transition politique après le changement de régime de 2023, doit convaincre le FMI de la soutenabilité de ses choix budgétaires malgré une pression sociale forte.
Cette hétérogénéité complique la tâche de la BEAC. Chaque dossier exige un traitement spécifique, alors que la logique de l’union monétaire impose une coordination minimale. Les autorités monétaires régionales redoutent surtout qu’un blocage prolongé sur plusieurs pays n’entraîne une érosion des réserves de change communes, actuellement suivies de près par les services du Fonds dans le cadre des revues au titre des politiques communes.
Les réserves de change, variable stratégique de la zone franc
Le taux de couverture extérieure de la monnaie constitue l’indicateur cardinal de la stabilité de la CEMAC. Sa préservation conditionne le maintien du régime de change fixe avec l’euro, adossé à la garantie du Trésor français. Or, sans décaissements du FMI, plusieurs États membres sont contraints de mobiliser davantage le marché domestique des titres publics, avec des effets d’éviction sur le crédit à l’économie et une pression accrue sur les banques commerciales déjà exposées au risque souverain.
La BEAC a durci ces dernières années la réglementation des changes, imposant notamment aux exportateurs, y compris ceux des secteurs pétrolier et minier, le rapatriement de leurs recettes en devises. Cette rigueur a permis de reconstituer partiellement les avoirs extérieurs, mais elle demeure fragile en l’absence d’appuis extérieurs concessionnels. D’où l’insistance de l’institution à voir aboutir rapidement les négociations en cours.
Reste que le calendrier politique de chacun des trois pays pourrait peser sur l’issue des discussions. Les capitales concernées entendent préserver leur autonomie de décision face à la conditionnalité du Fonds, tout en évitant une rupture qui refermerait l’accès aux financements concessionnels et aux appuis budgétaires des autres bailleurs, alignés sur la position du FMI. La BEAC, elle, joue une carte dont l’aboutissement conditionnera sa propre capacité à défendre la stabilité monétaire régionale dans les mois à venir. Selon Financial Afrik, les démarches de la banque centrale se poursuivent activement pour lever les blocages en cours.
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