La contrainte posée par le Fonds monétaire international (FMI) à la CEMAC place les argentiers de la zone devant une équation redoutable. Selon une source autorisée s’exprimant le 28 septembre 2026 à Yaoundé, en marge de la troisième session ordinaire du Comité de politique monétaire (CPM) de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), la conclusion de tout nouvel accord avec l’institution de Bretton Woods dépendra du respect collectif d’un plafond de déficit budgétaire de référence fixé à 1,5 % du PIB. Un seul dérapage national suffirait à bloquer la mécanique pour l’ensemble de la sous-région. La règle est sans concession et introduit une forme de responsabilité solidaire entre les six capitales.
Un critère communautaire qui n’est pas le déficit global
La précision technique compte. Le seuil de 1,5 % vise le solde budgétaire de référence tel que défini par les textes de la CEMAC, qui neutralise partiellement l’effet des recettes pétrolières. Un État peut donc afficher un déficit global supérieur à ce plafond tout en respectant le critère communautaire, ou l’inverse selon la structure de ses revenus. Cette subtilité, souvent ignorée du débat public, explique les écarts d’appréciation entre les chiffres du FMI, ceux de la Banque mondiale et ceux publiés par la BEAC. À ce jour, la condition posée oralement à Yaoundé ne figure pas dans les documents publics du Fonds, mais ces derniers confirment que la discipline budgétaire et le respect des assurances régionales conditionnent tout nouveau soutien financier.
Avant même d’aborder les lois de finances 2027, les six États doivent franchir un premier verrou : la validation par le FMI de la revue des assurances régionales de la CEMAC, suspendue depuis décembre 2025. Ces engagements portent sur la préservation des réserves de change, la stabilité monétaire et financière ainsi que la solidité du secteur bancaire. Ils complètent les programmes budgétaires et structurels négociés séparément par chaque capitale. Sans leur revalidation, aucune reprise du dialogue individuel n’est envisageable.
Cameroun, Congo, Gabon : trois dossiers en suspens
La question intéresse au premier chef les trois économies actuellement dépourvues de programme actif. Le Congo a bouclé en mars 2025 son accord au titre de la Facilité élargie de crédit. Les dernières revues des accords conclus par le Cameroun au titre de la Facilité élargie de crédit et du Mécanisme élargi de crédit ont, elles, été approuvées en juillet 2025. Quant au Gabon, son accord triennal signé en juillet 2021 est arrivé à échéance en 2024 sans reconduction. Trois calendriers distincts, mais un même point de passage obligé désormais imposé par Washington.
Le contexte macroéconomique complique singulièrement la tâche. La Banque mondiale, dans son Baromètre économique de la CEMAC publié en août 2026, estime que le déficit budgétaire moyen de la sous-région est passé de 1,6 % du PIB en 2024 à 3,3 % en 2025, sous l’effet conjugué de la baisse des recettes pétrolières et de dépenses publiques peu maîtrisées. La BEAC retient une trajectoire encore plus dégradée selon son propre périmètre statistique : 4,5 % du PIB en 2025, avec un repli attendu à 3,3 % en 2026. Les deux séries ne sont pas strictement comparables, mais elles convergent sur un même diagnostic de détérioration.
Des marges d’ajustement très inégales
L’atterrissage sous les 1,5 % en 2027 impliquerait des efforts d’ampleur très variable. Le Cameroun conserve une position relativement confortable : le FMI y retient un déficit global de 1,7 % du PIB pour 2026, tout en estimant que Yaoundé respecte le critère communautaire. Le Gabon part de plus loin, avec un déficit projeté nettement au-dessus du seuil régional. La République centrafricaine table sur 1,2 % du PIB, tandis que le Tchad anticipe environ 2 %. La Guinée équatoriale afficherait également un dérapage au-delà du plafond. Le Congo, à l’inverse, se singularise avec un excédent en 2025 et un solde encore positif attendu en 2026.
La source interrogée à Yaoundé se veut néanmoins pragmatique : il suffirait, selon elle, d’aligner les dépenses sur les recettes réellement mobilisables et de renoncer aux budgets bâtis sur des financements hypothétiques. Un rappel à l’orthodoxie qui, en pratique, exigera des arbitrages politiques lourds à la veille de plusieurs échéances électorales dans la sous-région. Selon Investir au Cameroun.
Pour aller plus loin
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