Le premier bénéfice de la Sonamines est acquis, mais sa composition interroge. L’opérateur public camerounais, créé en décembre 2020, a clôturé l’exercice 2025 sur un résultat net positif de 724,7 millions de FCFA, après une perte de 1,86 milliard un an plus tôt. Cette inflexion, annoncée en juin 2026, repose quasi intégralement sur une ligne comptable intitulée « autres produits », créditée de 2,945 milliards de FCFA, alors que le chiffre d’affaires plafonne à 30,55 millions de FCFA. L’écart est vertigineux : les prélèvements miniers reversés à l’entreprise équivalent à plus de 96 fois ses ventes.
La disproportion éclaire le redressement du compte de résultat de la Société nationale des mines. Sans cette ligne apparue ex nihilo en 2025, l’exercice aurait affiché un déficit théorique d’environ 2,22 milliards de FCFA. Le retour à l’équilibre tient donc moins à une performance commerciale qu’à l’activation d’un mécanisme fiscal rétrocédé par l’État camerounais.
Une quote-part sur l’Impôt synthétique minier libératoire
Selon la note 21 des comptes, ces produits correspondent à un acompte sur la part revenant à la société au titre de l’Impôt synthétique minier libératoire (ISML) et du droit de sortie, dispositifs institués par le Code minier de décembre 2023. L’ISML, qui vise notamment les exploitations artisanales semi-mécanisées, prélève 25 % de la production brute, montant ventilé entre la part de l’État dans la production, la taxe ad valorem et un acompte sur l’impôt sur les sociétés.
Une décision du ministre camerounais des Finances, signée le 7 avril 2025, a formalisé la répartition de ces recettes. Son article 3 attribue 35 % des sommes concernées à la Sonamines, 50 % au Trésor public et le solde aux fonds sectoriels, aux collectivités territoriales et aux populations riveraines. Le texte prévoit en outre un effet rétroactif, ce qui explique l’ampleur du montant comptabilisé dès le premier exercice d’application. Les documents publiés ne détaillent toutefois ni les volumes de production ayant servi d’assiette, ni la ventilation précise entre ISML et droit de sortie.
Un rapprochement troublant avec les comptes au Trésor
Les disponibilités de l’entreprise publique s’établissent à 4,287 milliards de FCFA à la clôture, en progression de 32 % sur un an. La note 11 fait apparaître 1,341 milliard logé dans les banques commerciales et 2 945 426 069 FCFA sous l’intitulé « Trésor », classés parmi les autres établissements financiers. À un franc près, ce dernier montant équivaut aux 2 945 426 070 FCFA inscrits en « autres produits ».
La coïncidence est frappante. Elle suggère que la créance reconnue sur les prélèvements miniers trouve sa contrepartie dans un compte ouvert auprès du Trésor camerounais, sans que les états financiers précisent les écritures de rapprochement ni les conditions de mobilisation effective des fonds. La question est loin d’être anecdotique : un produit constaté en comptabilité ne garantit pas, à lui seul, l’encaissement et la disponibilité des ressources correspondantes.
Une activité commerciale encore embryonnaire
À côté de cette manne fiscale, le cœur de métier marchand de la Sonamines reste anecdotique. Les ventes de marchandises se limitent à 3,43 millions de FCFA en 2025, en recul par rapport aux 10,47 millions de 2024. Les 27,12 millions tirés des travaux et prestations de services expliquent la hausse apparente du chiffre d’affaires, passé de 11,2 à 30,55 millions. Les comptes mentionnent par ailleurs un stock d’or acheté de 132,7 millions de FCFA, sans ventilation des ventes par substance.
Cette modestie contraste avec les coûts de structure. Les charges de personnel atteignent 825,3 millions de FCFA, soit environ 27 fois le chiffre d’affaires. Les services extérieurs pèsent 501 millions, les impôts et taxes 379,5 millions. L’opérateur public assume certes des missions larges, allant du suivi de la production à la collecte des prélèvements et à la gestion des intérêts miniers de l’État, mais la part des revenus marchands dans son équilibre financier demeure marginale.
Des capitaux propres toujours sous le seuil légal
Le retour aux bénéfices ne suffit pas à effacer les pertes accumulées. Dans son rapport, le commissaire aux comptes AXYS relève que les capitaux propres s’élèvent à 4,953 milliards de FCFA, soit moins de la moitié du capital social de 10 milliards. L’auditeur estime que cette situation « compromet la continuité d’exploitation » et renvoie aux articles 664 et 665 de l’Acte uniforme OHADA relatif au droit des sociétés commerciales, tout en certifiant les comptes sans réserve. Un écart résiduel de 30 millions apparaît entre le chiffre retenu par le commissaire et celui mentionné dans le commentaire de gestion, qui évoque 4,983 milliards. Les deux évaluations maintiennent la Sonamines sous le seuil légal. Selon Investir au Cameroun, le développement des ventes et la reconstitution des fonds propres restent les deux chantiers que ce premier exercice bénéficiaire n’a pas tranchés.
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