La cession de Sosucam, premier producteur sucrier du Cameroun, se heurte désormais à un contentieux de gouvernance tranché à l’autre bout du monde. Le 2 octobre 2026, la Haute Cour de Singapour a validé les droits de vote exercés par Romy Castel au sein d’Investment Beverage Business Management (IBBM), la société qui pilote le fonds détenant la holding de tête du groupe français. Cette décision confirme également les résolutions adoptées le 2 février, qui ont écarté Grégory Clerc, directeur général du groupe Castel, ainsi que Pierre Baer, du conseil d’administration d’IBBM. Le texte intégral du jugement n’était pas encore accessible dans la base publique eLitigation au 7 octobre.
Au Cameroun, le dossier était déjà électrique. Le 10 août, trois jours avant l’annonce par Somdia d’un accord avec un consortium industriel et financier local, les services du Premier ministre lui avaient demandé de surseoir sans délai aux démarches de cession, en invoquant le caractère stratégique de la sucrerie et son examen par un comité dédié. Somdia a néanmoins officialisé la transaction le 13 août, assortie de conditions suspensives qui restent à lever.
Un rapport de forces recomposé au sommet du groupe Castel
La portée du jugement singapourien tient à l’arithmétique capitalistique d’IBBM. Romy Castel y détient 24,33 %. Associée à Gilles Martignac et Guy De Clercq, qui pèsent chacun 24 %, elle réunit un bloc de 72,33 % du capital, selon une décision de la même juridiction publiée le 30 juillet. Cette majorité ne suffit toutefois pas, à elle seule, à défaire l’accord conclu sur Sosucam.
L’architecture du groupe Castel explique ce décalage. IBBM gère l’Investment Beverage Business Fund (IBBF), un fonds de droit singapourien dont les actifs étaient évalués à près de 8 milliards de dollars singapouriens en juillet. IBBF contrôle 100 % de Cassiopee Pte Ltd, décrite par la justice locale comme la holding ultime du groupe, laquelle détient à son tour l’intégralité de DF Holdings SA, principal bras opérationnel. Somdia, maison mère de Sosucam, se situe plus bas dans cette cascade.
Entre le gestionnaire IBBM et les actifs du fonds s’intercale surtout SG Trust (Asia) Limited, trustee professionnel qui exerce les droits attachés aux participations d’IBBF. Il reçoit ses instructions d’IBBM, dans les limites fixées par l’acte constitutif. La recomposition du conseil d’IBBM peut donc orienter les consignes transmises au trustee, sans emporter de prise de contrôle automatique sur Cassiopee, DF Holdings ou Sosucam.
Un second front ouvert autour du gestionnaire du fonds
Dès la publication du jugement, les conseils d’administration de Cassiopee et DF Holdings ont réagi en affirmant que la décision singapourienne n’altérait pas la gouvernance opérationnelle du groupe et en renouvelant leur confiance à Grégory Clerc. Ils ont surtout révélé que les trustees d’IBBF avaient engagé depuis plusieurs mois une procédure visant à remplacer IBBM par un gestionnaire professionnel indépendant et agréé. Un candidat aurait été sélectionné et sa nomination arrêtée, sous réserve notamment du retrait d’IBBM. Romy Castel a de son côté introduit un recours pour suspendre cette substitution.
L’issue de ce second contentieux conditionne directement la portée économique de la victoire du 2 octobre. Si IBBM perd son rôle de gestionnaire, la recomposition de son conseil deviendra largement théorique.
Une participation floue et des pertes cumulées lourdes
Le dossier camerounais recèle une autre zone grise. Somdia a annoncé en août céder une participation présentée comme équivalente à 82 % de Sosucam, alors que ses comptes sociaux 2024 affichent une détention de 88,36 % à la clôture de l’exercice. Ce taux est confirmé par le rapport de développement durable 2024 de l’entreprise, qui attribue 7,02 % à l’État camerounais, 2,01 % à la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) et 1,66 % à la Société nationale d’investissement (SNI). L’écart entre les deux pourcentages n’est pas documenté publiquement.
Le projet des repreneurs prévoit un programme d’investissement pluriannuel de 210 millions d’euros, soit environ 137,7 milliards de FCFA, orienté vers la modernisation agricole et industrielle et le développement de l’irrigation. L’enjeu est de taille pour une entreprise qui a accumulé près de 99,1 milliards de FCFA de pertes entre 2020 et 2025, Somdia ayant déjà converti quelque 34,2 milliards de FCFA de comptes courants d’actionnaire en capital en 2023 et 2024.
La séquence qui s’ouvre dépendra des décisions du nouveau conseil d’IBBM, de leur validation éventuelle par le régulateur singapourien, du sort du projet de remplacement du gestionnaire d’IBBF et des arbitrages que Somdia ou DF Holdings pourraient encore opposer à l’accord du 13 août. Selon Investir au Cameroun, la gouvernance du vendeur s’ajoute désormais aux conditions suspensives qui pèsent sur l’avenir de Sosucam.
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