La première coulée d’or de Dynacor à Kédougou marque un jalon pour la stratégie sénégalaise de formalisation de l’exploitation aurifère. Le groupe canadien, spécialisé dans le traitement du minerai provenant des mineurs artisanaux, a annoncé le 5 octobre 2026 avoir produit son premier lingot dans son usine pilote de Galam, à l’est du pays. Cette installation, dimensionnée comme une unité de démonstration, doit valider le modèle économique et technique avant un éventuel passage à l’échelle industrielle.
L’opération intervient dans un bassin minier devenu central pour l’économie sénégalaise. La région de Kédougou concentre l’essentiel de la production aurifère nationale, portée historiquement par les grandes mines industrielles mais aussi par des dizaines de milliers d’orpailleurs opérant souvent en marge des circuits officiels. L’arrivée d’un acteur positionné sur le segment intermédiaire du traitement du minerai artisanal ouvre une voie différente de celle des majors du secteur.
Un modèle importé des Andes transposé à Kédougou
Dynacor a bâti sa notoriété au Pérou, où le groupe exploite depuis plus de deux décennies des unités de traitement achetant le minerai à des coopératives de mineurs artisanaux déclarés. Le principe consiste à prendre en charge la métallurgie, étape la plus technique et la plus capitalistique, tout en laissant l’extraction à des opérateurs locaux. Les orpailleurs y gagnent un débouché traçable et des revenus stabilisés, l’État une base fiscale plus lisible, et l’industriel une matière première sans supporter le risque minier amont.
La transposition de ce schéma à Galam repose sur l’hypothèse que la filière artisanale sénégalaise, longtemps assimilée à une économie informelle difficile à cadrer, peut se structurer autour d’un acheteur industriel certifié. L’usine pilote doit permettre de calibrer les volumes, de tester la qualité du minerai local et d’ajuster les procédés hydrométallurgiques avant toute montée en puissance. La réussite de cette première coulée constitue, à ce titre, une preuve de concept.
Un enjeu de souveraineté et de traçabilité
Pour Dakar, l’enjeu dépasse la simple production métallique. Les autorités sénégalaises cherchent depuis plusieurs années à endiguer la contrebande d’or, phénomène qui prive le Trésor de recettes significatives et nourrit des circuits parallèles jusqu’aux Émirats arabes unis et à l’Asie. La traçabilité du métal produit par une installation enregistrée, soumise aux obligations fiscales et environnementales, offre un instrument de reprise en main de la chaîne de valeur.
Le projet s’inscrit par ailleurs dans la réécriture du cadre minier national engagée par les nouvelles autorités. Depuis l’alternance politique de 2024, le gouvernement défend une doctrine de souveraineté sur les ressources extractives, avec un accent appuyé sur la part revenant à l’État et aux communautés locales. L’implantation de Dynacor devra composer avec cette exigence, tant sur le partage de la valeur que sur l’intégration des mineurs artisanaux de Galam et des villages environnants.
Prochaines étapes industrielles
La phase pilote doit désormais démontrer la viabilité économique du site sur plusieurs cycles de production. Les paramètres clés concerneront la capacité de collecte du minerai auprès des orpailleurs, les taux de récupération en salle de traitement et la gestion des résidus, point sensible dans une région où les pollutions au mercure liées à l’orpaillage artisanal font l’objet d’une attention croissante. Un procédé industriel sans cyanuration incontrôlée ni mercure constituerait un argument décisif face aux critiques récurrentes adressées au secteur.
Reste la question du calendrier d’expansion. Dynacor n’a pas communiqué de détails chiffrés sur sa feuille de route sénégalaise ni sur les investissements complémentaires envisagés en cas de validation du pilote. Les prochains mois diront si Galam devient un modèle réplicable ailleurs en Afrique de l’Ouest, où les filières aurifères artisanales du Mali, du Burkina Faso et de la Côte d’Ivoire présentent des caractéristiques comparables. Selon PressAfrik.
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