Ouagadougou engrange 3,8 milliards d’euros de rente aurifère

Intricate wooden scaffolding structure inside a well-lit underground cave or mine shaft.Photo : Andrius La Rotta / Pexels

La contribution du secteur extractif aux finances publiques du Burkina Faso a franchi un palier. Avec environ 2 500 milliards FCFA encaissés en quatre ans, soit 3,8 milliards d’euros, l’État burkinabè confirme que l’or est devenu, de loin, la première ressource fiscale mobilisable rapidement par les autorités de transition. Rapportée au produit intérieur brut, qui tourne autour de 20 milliards de dollars, cette manne équivaut à une part considérable des recettes budgétaires annuelles du pays et dépasse les transferts extérieurs auxquels Ouagadougou pouvait prétendre avant la rupture diplomatique avec plusieurs partenaires occidentaux.

Une rente aurifère au cœur du budget de guerre

Le pays est le quatrième producteur d’or du continent, derrière le Ghana, l’Afrique du Sud et le Mali, avec un volume qui a oscillé entre 60 et 100 tonnes par an sur la dernière décennie. À un cours de l’once installé au-dessus de 2 000 dollars depuis 2023, chaque tonne extraite génère un flux fiscal mécaniquement plus élevé via les redevances ad valorem, l’impôt sur les sociétés et les dividendes des participations publiques. C’est cet effet-prix, combiné à un durcissement du prélèvement, qui explique l’ampleur du cumul affiché par le gouvernement.

La destination de ces recettes épouse la priorité absolue de la transition dirigée par le capitaine Ibrahim Traoré : l’effort de guerre contre les groupes affiliés à Al-Qaïda au Maghreb islamique et à l’État islamique au Sahel, qui contrôlent ou contestent près de 40 % du territoire national. Depuis 2023, un fonds de soutien patriotique alimenté par des contributions obligatoires, dont une partie provient directement du secteur minier, finance l’équipement des Volontaires pour la défense de la patrie et l’achat de drones turcs Bayraktar TB2 et Akinci. La fiscalité minière devient, de fait, la colonne vertébrale d’un budget sécuritaire en expansion continue.

Durcissement du code minier et montée en puissance de la SOPAMIB

Cette captation accrue de la rente ne doit rien au hasard. Le nouveau code minier adopté en 2024 relève la part de l’État dans les projets, étend l’assiette des redevances et introduit un mécanisme de taxation renforcée en cas de flambée des cours, dans la lignée de ce qu’ont tenté le Mali depuis 2023 et le Niger. La création de la Société de participation minière du Burkina (SOPAMIB) en 2023 complète l’arsenal : véhicule d’État destiné à détenir et exploiter directement des actifs, elle a récupéré en août 2024 les mines de Boungou et Wahgnion cédées par le canadien Endeavour Mining, et pris pied dans d’autres gisements auparavant opérés par des juniors étrangères.

Les grands contributeurs à l’enveloppe de 2 500 milliards FCFA restent les majors présentes depuis plus d’une décennie : Endeavour Mining sur Houndé et Mana, IAMGOLD sur Essakane, Nordgold sur Bissa-Bouly, Fortuna Silver sur Yaramoko, Perseus Mining sur Sissingué pour sa partie frontalière, auxquelles s’ajoutent les acteurs russes désormais actifs dans le pays. L’or concentre l’essentiel du flux, le zinc de Perkoa, exploité par Trevali avant son placement en redressement, et le manganèse de Tambao n’y pèsent que marginalement.

Un modèle sahélien qui se consolide, non sans risques

Comparé à ses voisins, le Burkina Faso se situe désormais dans la fourchette haute du continent en termes de taux effectif de prélèvement sur l’or. La Côte d’Ivoire, qui produit environ 50 tonnes par an, encaisse une fiscalité minière proportionnellement plus faible, tandis que le Ghana, premier producteur africain avec plus de 130 tonnes, tire de son secteur extractif des recettes dont la part dans le budget reste inférieure à celle désormais atteinte à Ouagadougou. Le modèle sahélien, qui combine renégociation des contrats, entrée au capital via une société d’État et taxation des surprofits, s’impose comme une alternative revendiquée au régime libéral hérité des programmes d’ajustement.

Reste que la soutenabilité de ce flux dépend de deux variables difficiles à maîtriser. D’une part, le cours de l’or : un retournement durable, même partiel, amputerait mécaniquement les redevances. D’autre part, la sécurisation des sites, dont certains, à l’image de Boungou, ont déjà été suspendus par le passé après des attaques meurtrières contre leurs convois. Pour les investisseurs étrangers, l’équation combine une rentabilité élevée tirée par les prix, un risque opérationnel croissant et une pression fiscale appelée à durer tant que la transition fera du financement endogène de la défense son axiome central.

Pour aller plus loin

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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