Gabon : Libreville retire une quinzaine de permis miniers après audit

Large mining truck at a quarry in Thabazimbi, South Africa, under clear blue sky.Photo : Kefentse Molotsane / Pexels

Le ministère gabonais des Mines et des Ressources géologiques a formalisé, le 19 octobre 2026, le retrait d’un ensemble de permis miniers détenus par une quinzaine de sociétés actives sur le territoire national. La décision, signée par le ministre Sosthène Nguema Nguema, intervient à l’issue d’un audit administratif conduit entre le 29 juin et le 16 octobre 2026. Elle s’inscrit dans le prolongement direct de la suspension générale des activités aurifères en petite mine prononcée le 22 juin, mesure qui avait figé l’ensemble des chantiers d’or artisanal du pays.

Un audit déclenché par la suspension de l’or artisanal

La séquence a débuté quatre mois plus tôt, lorsque Libreville a décidé de geler l’ensemble des opérations aurifères en petite mine. Cette suspension, inhabituelle par son caractère général, visait à permettre une vérification exhaustive des titres délivrés et de leur usage effectif sur le terrain. L’audit qui a suivi a mobilisé les services centraux du ministère pendant près de quatre mois, avec pour cadre juridique de référence la loi minière de 2018 réglementant le secteur en République gabonaise.

Au terme de cet examen, les équipes du secrétaire général du ministère, le général Adolphe Yonghan, ont conclu à des manquements justifiant la déchéance des titres concernés. Dans son intervention sur Gabon 1ère le jour même de l’annonce, le haut fonctionnaire a présenté la mesure comme un préalable à une refondation du cadre d’octroi des permis. Les sites concernés rejoignent le patrimoine public, ouvrant la voie à une éventuelle réattribution dans des conditions mieux encadrées.

Deux listes, un même message adressé aux opérateurs

Les sanctions se répartissent entre deux catégories de titres. Pour les permis de recherche, les sociétés visées comprennent notamment Afrique Resources SA, Les Mines du Gabon, Somine Gabon, Azingon Gabon, Abice Mining Gabon, Ivindo Mining, ainsi que deux opérateurs à capitaux chinois, Jin He Mining et Gabon Gold Mining. Les zones affectées couvrent huit provinces sur neuf : Ogooué-Ivindo, Estuaire, Haut-Ogooué, Ogooué-Lolo, Moyen-Ogooué, Nyanga, Ngounié et Woleu-Ntem. Autant dire la quasi-totalité du territoire national, à l’exception de l’Ogooué-Maritime.

Du côté des permis d’exploitation, la liste comprend la Société des mines et carrières du Gabon (SMCG), SMO, Agil Gabon, la Société Perle Gabonaise, Élie Resources Gabon, Global Mine Development (GMD), ainsi que Yin He Mining. Gabon Gold Mining figure dans les deux listes, cumulant retrait de recherche et retrait d’exploitation. Le ministère a assorti sa décision d’un avertissement explicite : toute poursuite d’activité sur les sites concernés exposera les contrevenants à des procédures judiciaires.

Une doctrine ressources qui prend forme depuis la transition

Cette offensive administrative s’inscrit dans une trajectoire ouverte depuis le changement de régime d’août 2023. Les autorités de transition, puis le gouvernement issu de l’élection présidentielle d’avril 2025, ont fait de la reprise en main des industries extractives un marqueur politique. Le secteur minier gabonais pèse encore modestement dans les exportations nationales comparé au pétrole et au manganèse, dont le pays est l’un des trois premiers producteurs mondiaux via la Compagnie minière de l’Ogooué. L’or, longtemps marginal, a vu sa production artisanale croître au fil des années 2020, portée par la hausse continue des cours internationaux, qui ont franchi les 2 500 dollars l’once en 2024.

La démarche gabonaise rappelle, à une autre échelle, les audits miniers menés en République démocratique du Congo à partir de 2021, qui avaient conduit à la révision de plusieurs contrats, ou encore les campagnes de rationalisation des titres engagées au Mali et au Burkina Faso après 2022. Ces précédents suggèrent qu’un retrait massif n’est que la première étape : la difficulté commence avec la redistribution des périmètres libérés et la capacité de l’État à encadrer les nouveaux entrants, en particulier lorsqu’ils opèrent via des sociétés aux structures capitalistiques opaques.

Reste la question du traitement différencié des opérateurs. La présence répétée de sociétés à consonance chinoise dans les listes publiées, aux côtés d’acteurs locaux, pose la question de la nature des manquements reprochés – fiscaux, environnementaux, techniques ou documentaires – que le communiqué ne détaille pas. L’issue des éventuels recours et le calendrier de réattribution des périmètres diront si Libreville entend consolider une rente aurifère nationale ou simplement remettre à plat un cadastre devenu illisible.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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