La configuration politique dans laquelle évolue Donald Trump se tend à nouveau avec l’hypothèse d’une perte de majorité au Congrès des États-Unis et l’évocation, par une partie de l’opposition, d’une procédure de destitution. Si les contours exacts du basculement et le calendrier procédural restent à préciser, la seule ouverture d’un tel débat modifie déjà le rapport de force entre l’exécutif et le législatif à Washington, et, par ricochet, la crédibilité des engagements internationaux portés par la Maison-Blanche.
Un Congrès divisé, un président contraint
Le Congrès américain se compose de deux chambres, la Chambre des représentants, renouvelée intégralement tous les deux ans, et le Sénat, renouvelé par tiers. Lorsqu’un président perd le contrôle de l’une d’elles, sa capacité à faire voter le budget fédéral, à confirmer les nominations et à porter des réformes législatives se trouve immédiatement bridée. L’histoire récente l’a montré avec Barack Obama après 2010, puis Joe Biden après les élections de mi-mandat de 2022, qui avaient vu les républicains reprendre la Chambre basse et imposer plusieurs bras de fer budgétaires, dont la crise du plafond de la dette au printemps 2023.
Pour Donald Trump, revenu à la Maison-Blanche en janvier 2025 après sa victoire sur Kamala Harris, un tel renversement signifierait la fin d’un alignement complet entre l’exécutif et le législatif. Les décrets présidentiels, nombreux depuis son retour, continueraient de produire leurs effets, mais toute traduction législative de l’agenda trumpiste – fiscalité, immigration, commerce – devrait composer avec des contre-pouvoirs réels, y compris à travers les commissions d’enquête parlementaires.
Destitution : une procédure rare, des seuils élevés
L’évocation d’une procédure de destitution contre Donald Trump doit être replacée dans la mécanique constitutionnelle américaine. L’impeachment se déclenche à la Chambre des représentants, qui vote la mise en accusation à la majorité simple, avant un procès au Sénat où une majorité des deux tiers est requise pour prononcer la destitution. Aucun président américain n’a jamais été destitué au terme de cette procédure : Andrew Johnson en 1868, Bill Clinton en 1998 et déjà Donald Trump en 2019 puis 2021 ont tous été mis en accusation par la Chambre, puis acquittés par le Sénat.
Le seuil des deux tiers au Sénat, soit 67 voix sur 100, rend une condamnation hautement improbable sans défections massives dans le camp du président. Le 25e amendement, parfois cité comme voie alternative, suppose quant à lui une initiative du vice-président et d’une majorité du cabinet, hypothèse politiquement peu réaliste au sein d’une administration homogène. Autrement dit, entre la mise à l’agenda d’une procédure et son aboutissement, la distance institutionnelle demeure considérable.
Ce que l’Afrique et le Moyen-Orient ont à y regarder
Pour les chancelleries africaines et moyen-orientales, la question centrale n’est pas le sort personnel de Donald Trump, mais la prévisibilité de la politique étrangère américaine dans les deux prochaines années. Un Congrès hostile peut bloquer les enveloppes d’aide extérieure, redéfinir les régimes de sanctions et peser sur les accords commerciaux qui structurent les relations avec le continent. L’African Growth and Opportunity Act (AGOA), qui ouvre le marché américain à une partie des exportations subsahariennes et dont le renouvellement arrive à échéance, dépend directement d’un vote du Congrès.
Au Moyen-Orient, le soutien militaire à Israël, les sanctions contre l’Iran et l’avenir des partenariats avec les monarchies du Golfe passent également par des arbitrages législatifs. Un exécutif affaibli peut être tenté de compenser par un activisme diplomatique accru, ou au contraire voir ses initiatives freinées par des auditions parlementaires et des restrictions budgétaires. Les précédents de 2019 et 2023 ont montré que même sans destitution, l’ouverture de procédures parlementaires ralentit l’action internationale de la Maison-Blanche.
Reste que la séquence politique américaine se joue sur un temps long, rythmé par les commissions, les auditions et les votes, et non par les annonces. Pour les décideurs africains et du Golfe, l’enjeu immédiat consiste à distinguer la portée symbolique d’un basculement législatif des effets concrets sur les dossiers bilatéraux. La fragilisation institutionnelle de Donald Trump ouvre une fenêtre d’incertitude, sans pour autant préjuger d’une sortie de scène présidentielle.
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