Le sommet Africa Forward poursuit ses travaux à Nairobi, où la capitale kényane accueille depuis le 11 mai un rendez-vous panafricain de haut niveau consacré aux trajectoires économiques et politiques du continent. Après une première journée centrée sur les questions financières et la mobilisation des capitaux privés, la deuxième session a basculé sur un registre nettement plus politique, marqué par la présence de chefs d’État et de figures gouvernementales venues débattre de gouvernance, de souveraineté et d’intégration régionale.
Nairobi, plateforme diplomatique d’un agenda africain en mutation
Le choix de Nairobi n’a rien d’anodin. La capitale kényane s’impose depuis plusieurs années comme un carrefour diplomatique majeur en Afrique de l’Est, hébergeant antennes onusiennes, sièges régionaux d’organisations internationales et grands forums économiques. Le sommet Africa Forward s’inscrit dans cette dynamique en réunissant décideurs publics, dirigeants d’entreprise et représentants d’institutions multilatérales autour d’une même table.
La deuxième journée a vu se succéder à la tribune plusieurs personnalités politiques de premier plan. Les échanges ont porté sur les conditions d’une croissance durable, la place de l’Afrique dans les recompositions géoéconomiques mondiales et les leviers d’une plus grande autonomie stratégique. Le ton tranche avec les rendez-vous traditionnels où la parole économique l’emporte habituellement sur les enjeux de puissance.
Souveraineté, gouvernance et financement au cœur des débats
Les intervenants ont notamment insisté sur la nécessité de repenser les modèles de gouvernance africains pour mieux capter les flux d’investissement et sécuriser les chaînes de valeur locales. La question du financement des infrastructures, déjà au centre de la première journée, a refait surface sous un angle plus politique : qui décide, qui arbitre, et selon quels intérêts. Plusieurs orateurs ont plaidé pour un renforcement du rôle des institutions panafricaines, dont la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), encore en phase de déploiement opérationnel.
La problématique de la dette souveraine a également occupé une place notable. Plusieurs économies du continent évoluent sous fortes contraintes budgétaires, prises entre service de la dette extérieure, besoins criants en infrastructures et exigences de transition énergétique. Les participants ont souligné l’urgence de bâtir des mécanismes africains de notation et de mobilisation de l’épargne intérieure, afin de réduire la dépendance aux marchés financiers occidentaux et aux conditionnalités qui les accompagnent.
Une parole politique assumée sur la scène internationale
La dimension diplomatique du sommet s’est manifestée à travers les positions exprimées sur les grands dossiers internationaux. Plusieurs voix ont rappelé l’attachement du continent à une voix unifiée dans les enceintes multilatérales, qu’il s’agisse du Conseil de sécurité des Nations unies, du G20, où l’Union africaine siège désormais comme membre permanent depuis 2023, ou encore des négociations climatiques. L’idée d’un panafricanisme pragmatique, articulé autour d’intérêts économiques concrets plutôt que d’une rhétorique idéologique, est revenue à plusieurs reprises.
Les questions sécuritaires n’ont pas été éludées. La situation au Sahel, les tensions dans la Corne de l’Afrique et les défis posés par les groupes armés dans plusieurs régions ont alimenté des discussions parfois vives. Les intervenants ont souligné le lien désormais inextricable entre stabilité politique, sécurité régionale et attractivité économique. Sans paix, pas d’investissement durable : la formule, simple en apparence, structure une part croissante du discours des dirigeants africains face à leurs partenaires étrangers.
Le format Africa Forward, à mi-chemin entre forum d’affaires et conclave politique, illustre une tendance plus large : la volonté des élites du continent de produire leurs propres cadres de dialogue, hors des grandes conférences pilotées depuis l’extérieur. Reste à mesurer la portée concrète de ces échanges. Les engagements pris lors de ces rendez-vous se heurtent souvent à la lenteur de leur traduction opérationnelle, qu’il s’agisse d’harmonisation tarifaire, de mobilité intra-africaine ou de coordination monétaire. La troisième journée, attendue à Nairobi, devrait apporter des annonces plus tangibles sur les partenariats noués en marge des sessions plénières. Selon PressAfrik.
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