Mali : le Jnim étend son blocus sur Bamako et frappe Manantali

An auto rickshaw moves down a bustling urban street at sunset, showcasing city life.Photo : Faruk Tokluoğlu / Pexels

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Au Mali, le blocus imposé par le Jnim, organisation jihadiste liée à al-Qaïda, franchit un nouveau seuil. Au cours du week-end, une dizaine d’autocars au moins ont été incendiés sur l’axe stratégique reliant Ségou à Bamako, principal corridor d’approvisionnement de la capitale depuis l’est du pays. Dans le même temps, des infrastructures électriques associées au barrage hydroélectrique de Manantali, situé dans la région de Kayes, ont été visées et détruites. L’armée malienne, de son côté, maintient ses opérations sur plusieurs fronts, sans parvenir pour l’instant à desserrer l’étau économique qui pèse sur le pays.

Manantali, cible stratégique d’une guerre de l’usure

La destruction d’équipements liés à Manantali n’a rien d’anecdotique. Le barrage, géré dans un cadre multilatéral avec la Mauritanie et le Sénégal au sein de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS), constitue l’une des colonnes vertébrales du réseau électrique malien. En s’attaquant à ses lignes d’évacuation, le Jnim ne vise plus seulement les forces de défense et de sécurité : il s’en prend à l’épine dorsale de l’économie urbaine, là où les coupures se traduisent immédiatement par une paralysie des services publics, des commerces et des industries.

Cette stratégie prolonge une séquence ouverte depuis plusieurs semaines, marquée par le ciblage systématique des convois de carburant en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire. Les jihadistes cherchent à transformer la pénurie d’hydrocarbures en levier politique, en pariant sur l’érosion du soutien populaire aux autorités de transition dirigées par le général Assimi Goïta. La capitale, longtemps relativement épargnée, devient le théâtre central d’une bataille d’attrition.

Riposte de l’armée et reprise partielle des flux

Face à cette offensive multiforme, l’état-major malien revendique la poursuite d’opérations terrestres et aériennes dans plusieurs régions. Des escortes militaires ont permis l’entrée à Bamako de centaines de camions-citernes au cours des derniers jours, soulageant temporairement les stations-service prises d’assaut. Cette respiration logistique reste toutefois précaire : chaque convoi mobilise des moyens considérables et la sécurisation durable des routes nationales paraît hors de portée à court terme.

Les Forces armées maliennes (FAMa) doivent par ailleurs composer avec un effet ciseau. À l’ouest et au centre, le Jnim multiplie les embuscades et les destructions d’infrastructures. Plus au nord, dans la région de Kidal, la situation demeure figée dans un statu quo tendu, alors que de nouveaux affrontements paraissent inévitables face aux groupes rebelles du Cadre stratégique permanent. Le pouvoir de Bamako joue ainsi sur deux échiquiers distincts, avec des moyens humains et matériels qui s’amenuisent.

Une équation régionale qui se tend

Le blocus malien dépasse désormais le strict cadre national. Les économies voisines, notamment celles du Sénégal, de la Mauritanie et de la Côte d’Ivoire, observent avec inquiétude la dégradation des corridors commerciaux ouest-africains. Le ralentissement des flux de marchandises pèse sur les ports de Dakar et d’Abidjan, dont une part significative du trafic transitait vers l’hinterland sahélien. La Confédération des États du Sahel, qui réunit Mali, Burkina Faso et Niger, peine pour l’instant à articuler une réponse coordonnée à la guerre économique conduite par les groupes jihadistes.

L’attaque contre Manantali pose enfin la question des installations partagées au sein de l’OMVS. Toute aggravation des dommages aurait des conséquences directes sur l’approvisionnement électrique du Sénégal et de la Mauritanie, transformant un dossier malien en problème régional. Les partenaires extérieurs, qu’il s’agisse des bailleurs ou des fournisseurs militaires, devront arbitrer entre soutien à la souveraineté affichée par Bamako et exigences de protection des infrastructures critiques transfrontalières.

Sur le terrain, le contraste entre les revendications opérationnelles de l’armée et la réalité d’une capitale sous pression illustre la nature inédite de cette phase du conflit. Le Jnim ne cherche plus seulement à tenir des territoires : il vise à étouffer un État. Selon RFI Afrique, de nouveaux combats sont attendus dans les prochains jours, en particulier autour de Kidal.

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About the Author

Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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