Diomaye-Sonko : Abdourahamne Diouf alerte sur la dualité au sommet

The Ak Orda Presidential Palace with its distinctive blue dome under a clear sky in Astana, Kazakhstan.Photo : Нурлан / Pexels

Les rapports entre le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko occupent depuis plusieurs mois le débat public sénégalais. Au sein même de la coalition qui a porté le tandem au pouvoir en mars 2024, des voix s’élèvent désormais pour réclamer une clarification du fonctionnement de l’exécutif. Parmi elles, celle d’Abdourahamne Diouf, ancien ministre et figure de la scène politique dakaroise, qui récuse l’idée d’une direction bicéphale du pays.

Dans une sortie remarquée, l’intéressé a écarté toute hypothèse de partage du pouvoir entre le chef de l’État et le chef du gouvernement. « Il ne peut y avoir de dualité ni de cohabitation douce », a-t-il martelé, renvoyant à la lettre de la Constitution sénégalaise qui consacre la prééminence présidentielle. Le propos vise à recadrer un débat où certains observateurs voient s’installer une forme inédite de cogestion entre les deux têtes de l’attelage Pastef.

Une présidentialisation revendiquée du régime sénégalais

L’architecture institutionnelle issue de la Constitution de 2001 confère au président de la République la définition de la politique de la nation. Le Premier ministre, chef de l’administration, en assure la mise en œuvre sous l’autorité du chef de l’État. Cette hiérarchie, qu’Abdourahamne Diouf rappelle avec insistance, laisse peu de place à une lecture concurrentielle des fonctions exécutives. La pratique, depuis l’investiture d’avril 2024, a pourtant brouillé cette ligne théorique.

Ousmane Sonko, qui dispose d’une assise militante considérable héritée de son rôle de fondateur du Pastef, conserve un poids politique propre que peu de premiers ministres ont historiquement détenu au Sénégal. Sa victoire aux législatives anticipées de novembre 2024, qui a offert à sa formation une majorité écrasante à l’Assemblée nationale, a renforcé cette singularité. De fait, le centre de gravité du pouvoir oscille parfois entre la Primature et le Palais, alimentant les spéculations sur une possible rivalité.

Des divergences publiques qui interrogent la coalition au pouvoir

Plusieurs séquences ont, ces derniers mois, exposé les écarts d’appréciation entre les deux hommes. Différences de ton sur la gestion du passif budgétaire hérité de l’ancien régime, signaux contrastés vis-à-vis des partenaires extérieurs, calendriers réformateurs perçus comme désynchronisés : autant d’indices qui nourrissent la thèse d’une coordination perfectible. Les déclarations publiques de l’un répondent parfois en écho différé à celles de l’autre, sans que l’unité de doctrine soit toujours lisible.

Pour Abdourahamne Diouf, cette zone grise comporte un risque institutionnel. Une dyarchie de fait, en l’absence de cadre constitutionnel adapté, exposerait l’exécutif à des arbitrages flous et fragiliserait la conduite des politiques publiques. L’ancien ministre invite donc à un retour à l’orthodoxie : un président qui décide, un Premier ministre qui exécute. Le message s’adresse autant aux militants du Pastef qu’aux observateurs tentés d’analyser la séquence à travers le prisme d’un duel personnel.

Stabilité du pouvoir et crédibilité auprès des partenaires

L’enjeu dépasse la chronique politique intérieure. Le Sénégal négocie actuellement un nouveau programme avec le Fonds monétaire international (FMI), tout en pilotant l’entrée en production de ses gisements gaziers et pétroliers. Les bailleurs, les agences de notation et les investisseurs scrutent la cohérence de la parole publique et la fluidité de la chaîne de décision. Toute ambiguïté prolongée au sommet de l’exécutif peut se traduire par un surcoût de financement ou un attentisme des opérateurs économiques.

Sur le plan interne, la majorité parlementaire issue du scrutin de novembre 2024 dispose certes des moyens législatifs de soutenir l’agenda gouvernemental. Reste que la cohérence politique du tandem présidentiel-Premier ministre demeure le socle de cette efficacité. Les prochains mois, marqués par l’examen de la loi de finances et par les réformes de la fonction publique, offriront un test grandeur nature de la capacité du duo à parler d’une seule voix.

Concrètement, l’avertissement d’Abdourahamne Diouf rappelle une évidence souvent oubliée dans les régimes de coalition : la lisibilité du pouvoir conditionne sa puissance. Selon PressAfrik, la déclaration s’inscrit dans un débat qui occupe désormais l’essentiel de la scène politique dakaroise.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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