La trajectoire de la dette publique dans la zone UMOA inquiète. Selon les données de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), les huit économies membres ont levé 15 105,2 milliards de FCFA sur le marché financier régional au cours de l’année 2025. Ce volume, jamais atteint, met en lumière la dépendance croissante des Trésors nationaux à l’épargne bancaire locale et soulève la question de la soutenabilité à moyen terme. Plusieurs États s’approchent désormais de seuils critiques, dans un contexte où le service de la dette absorbe une part croissante des recettes budgétaires.
Une concentration risquée des titres souverains dans les bilans bancaires
L’architecture financière de l’Union repose largement sur les banques régionales, devenues les principales acquéreuses des bons et obligations émis par les Trésors nationaux. Cette configuration, longtemps présentée comme un signe d’intégration financière, expose désormais le système à un risque de concentration préoccupant. Plus les établissements bancaires accumulent du papier souverain, plus leur exposition au risque de signature s’accroît, fragilisant mécaniquement le canal du crédit à l’économie productive.
L’effet d’éviction est documenté. Le secteur privé, en particulier les petites et moyennes entreprises, peine à accéder à des financements compétitifs lorsque les rendements souverains demeurent attractifs et que la pondération réglementaire favorise la dette publique. Dans plusieurs places de l’Union, les taux des adjudications de bons du Trésor ont franchi des seuils qui interrogent sur la capacité des États à refinancer leurs échéances dans des conditions soutenables.
Le scénario d’un rachat ciblé par la BCEAO
C’est dans ce contexte que l’économiste Moussa K. Fall, cofondateur et doyen de Marselya Tech, propose une intervention ciblée de l’institut d’émission. Sa thèse : la BCEAO devrait racheter une partie des créances souveraines de court terme détenues par les banques régionales, afin d’alléger leurs bilans et de prévenir tout enchaînement défavorable. L’opération s’apparenterait à une forme de soutien monétaire transitoire, encadré, destiné à éviter qu’une crise de liquidité ne se mue en crise de solvabilité dans l’un des États membres.
Le mécanisme proposé poursuit un double objectif. Sécuriser d’abord la signature souveraine en retirant temporairement de la pression sur le marché primaire. Libérer ensuite la capacité de prêt des banques en faveur des acteurs économiques privés, créateurs d’emplois et de valeur ajoutée. À cette intervention s’ajouterait un volet réglementaire : restreindre, dans la durée, la part des titres publics dans les portefeuilles bancaires, afin de réorienter structurellement les flux de crédit vers l’économie réelle.
Une équation délicate pour la souveraineté monétaire
L’idée n’est pas sans soulever des objections. Toute monétisation, même partielle, de la dette publique heurte le mandat de stabilité des prix de la BCEAO et peut alimenter des tensions inflationnistes ou peser sur le régime de change fixe qui lie le franc CFA à l’euro. Les statuts de l’institut d’émission encadrent strictement les concours directs aux États, héritage d’une discipline monétaire conçue pour préserver la crédibilité de la zone et l’ancrage extérieur.
Reste que d’autres banques centrales, sur le continent comme en dehors, ont expérimenté des dispositifs hétérodoxes en période de stress budgétaire. La Réserve fédérale, la Banque centrale européenne ou la Banque d’Angleterre ont assumé des rachats massifs de titres souverains sur le marché secondaire, sans renoncer formellement à leur indépendance. La transposition à l’UMOA d’un schéma comparable, à dose mesurée et avec des contreparties sur la gouvernance budgétaire, n’est plus un tabou pour une partie des économistes de la sous-région.
La discussion engage finalement la doctrine même de la zone monétaire. Elle interroge l’équilibre entre orthodoxie statutaire, soutien à la croissance et prévention du risque souverain dans un environnement international devenu plus hostile aux émetteurs frontières. Pour les ministres des Finances de l’Union, la fenêtre de décision se rétrécit à mesure que les besoins de refinancement s’accumulent et que les marges de manœuvre budgétaire s’érodent. Selon Financial Afrik.
Pour aller plus loin
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