Ebola : un premier cas confirmé à Goma, l’OMS décrète l’urgence

A healthcare professional administering an injection to a patient's arm during a medical procedure.Photo : Pranidchakan Boonrom / Pexels

L’annonce d’un premier cas confirmé d’Ebola à Goma marque un tournant dans la gestion de l’épidémie qui frappe l’est de la République démocratique du Congo. Capitale provinciale du Nord-Kivu adossée à la frontière rwandaise, la ville concentre près de deux millions d’habitants, un aéroport international et un trafic transfrontalier intense vers Gisenyi. L’apparition du virus dans cet épicentre urbain change radicalement la nature du risque épidémiologique, jusque-là circonscrit à des zones rurales plus isolées.

L’OMS active le plus haut niveau d’alerte sanitaire

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré une urgence de santé publique de portée internationale, mécanisme prévu par le Règlement sanitaire international de 2005. Ce dispositif n’a été activé qu’à de rares reprises depuis sa création, notamment lors de l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest en 2014, de la pandémie de Covid-19 ou de la flambée de Mpox en 2024. Il oblige les États parties à renforcer la surveillance, à coordonner leurs réponses et à partager rapidement les informations cliniques et génomiques.

La déclaration entraîne aussi un appel implicite à la mobilisation des bailleurs internationaux. Les opérations de riposte requièrent des moyens logistiques considérables : déploiement d’unités de traitement, traçage des contacts, vaccination en anneau autour des cas index, équipements de protection individuelle et campagnes de communication communautaire. Les autorités congolaises, déjà confrontées à une situation sécuritaire dégradée dans les Kivus, doivent composer avec un terrain fragmenté par les groupes armés.

Un bilan de 88 morts et une menace transfrontalière

Selon les derniers chiffres publiés samedi par l’Agence sanitaire de l’Union africaine, 88 décès vraisemblablement imputables au virus ont été recensés. Le chiffre demeure provisoire et pourrait évoluer à la hausse, plusieurs cas suspects faisant encore l’objet de confirmations en laboratoire. La létalité historique d’Ebola, qui oscille entre 25 % et 90 % selon les souches et la qualité de la prise en charge, justifie l’inquiétude des épidémiologistes.

L’arrivée du virus à Goma soulève une crainte spécifique : celle d’une diffusion transfrontalière vers le Rwanda, l’Ouganda voisin ou plus au sud vers le Burundi. La région des Grands Lacs, densément peuplée et traversée par d’intenses flux commerciaux et migratoires, constitue un environnement propice à la circulation d’agents pathogènes. Lors de l’épidémie de 2018-2020, déjà partie de l’est congolais, plusieurs cas avaient été détectés en Ouganda et un signalement à Goma avait conduit à un déploiement d’urgence évitant de justesse une diffusion massive.

Une réponse contrainte par le contexte sécuritaire

La riposte sanitaire se heurte aux réalités du terrain. Le Nord-Kivu et l’Ituri demeurent le théâtre d’affrontements impliquant l’armée congolaise, le M23 et plusieurs groupes armés locaux. Les équipes médicales ont été ciblées à plusieurs reprises lors des précédentes flambées, certaines étant contraintes d’interrompre leurs activités. La méfiance d’une partie des populations à l’égard des intervenants extérieurs complique également la mise en œuvre des protocoles de vaccination et d’isolement.

Sur le plan thérapeutique, les avancées de la dernière décennie offrent toutefois des outils nouveaux. Le vaccin Ervebo, homologué en 2019, a démontré une efficacité significative contre la souche Zaïre. Deux traitements à base d’anticorps monoclonaux, l’Inmazeb et l’Ebanga, ont par ailleurs été autorisés aux États-Unis et utilisés en RDC lors des dernières épidémies. Leur disponibilité rapide dans les structures de Goma constituera un indicateur clé de la capacité de réponse.

Au-delà de l’urgence immédiate, la situation interroge la résilience des systèmes de santé en Afrique centrale et la coordination régionale. La Communauté de l’Afrique de l’Est, dont la RDC est membre depuis 2022, n’a pas encore communiqué de plan conjoint. Africa CDC, bras sanitaire de l’Union africaine, devrait coordonner l’appui continental, dans la continuité du modèle déployé face au Mpox. Le prochain comité d’urgence de l’OMS apportera des précisions sur les recommandations adressées aux États voisins et aux compagnies aériennes opérant depuis Goma. Selon Le Monde Afrique.

Pour aller plus loin

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Léa Mbongo
Reporter société, Léa Mbongo s'intéresse aux enjeux agricoles, environnementaux et de santé publique en Afrique francophone. Elle a couvert les crises climatiques du Sahel, les politiques de sécurité alimentaire et l'émergence des filières agroalimentaires locales. Ses reportages donnent la parole aux acteurs de terrain.

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