Cameroun : la dette intérieure atteint 12 % du PIB en 2026

A captivating aerial view of the sprawling cityscape of Yaoundé, Cameroon, under a dramatic sky.Photo : K / Pexels

La dette intérieure du Cameroun a atteint l’équivalent de 12 % du produit intérieur brut, un niveau inédit qui confirme la bascule du Trésor public vers les ressources mobilisées sur le marché domestique. Cette trajectoire, observée alors que Yaoundé doit conjuguer service de la dette extérieure et besoins de financement budgétaire croissants, redessine en profondeur l’architecture du financement souverain camerounais. Les arbitrages opérés par la Direction générale du Trésor traduisent une volonté de réduire la sensibilité du portefeuille public aux chocs de change et aux conditions plus exigeantes des bailleurs multilatéraux.

Un basculement structurel vers les titres publics domestiques

Le recours intensif aux émissions de bons et obligations du Trésor assimilables sur le marché des titres publics de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) constitue désormais le principal canal de couverture des besoins de trésorerie. Le Cameroun, première économie de la sous-région, mobilise régulièrement plusieurs centaines de milliards de francs CFA par exercice via des adjudications conduites sous l’égide de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Ce positionnement permet à Yaoundé de capter une part dominante de la liquidité bancaire régionale, au détriment parfois des autres souverains de la zone.

Cette réorientation s’explique par plusieurs facteurs convergents. Le durcissement des conditions financières internationales a renchéri le coût des eurobonds pour les économies africaines, tandis que les décaissements concessionnels du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale demeurent conditionnés à des revues de programme exigeantes. Face à ces contraintes, le marché domestique offre une flexibilité immédiate, des maturités modulables et une exposition libellée en francs CFA, donc protégée du risque de change.

Une pression accrue sur le système bancaire camerounais

Cette stratégie n’est pas sans conséquence pour le secteur bancaire. Les établissements de crédit camerounais, qui figurent parmi les principaux souscripteurs des titres publics, voient leurs bilans absorber des volumes croissants de dette souveraine. Cette concentration soulève la question classique de l’éviction du crédit au secteur privé, dans une économie où le taux de bancarisation reste limité et où les besoins de financement des PME demeurent largement insatisfaits.

Les analystes soulignent par ailleurs que l’accroissement du stock domestique modifie le profil global de la dette publique camerounaise, sans pour autant en réduire mécaniquement le poids. La dette intérieure se caractérise par des maturités plus courtes et des taux d’intérêt généralement supérieurs à ceux des financements concessionnels extérieurs, ce qui alourdit le service de la dette à court terme. Le ratio dette publique totale sur PIB demeure surveillé de près par le FMI, dans le cadre du programme appuyé par la Facilité élargie de crédit.

Souveraineté financière ou dépendance déplacée

Le pari du Trésor camerounais s’inscrit dans une tendance plus large observée en Afrique francophone, où plusieurs États cherchent à consolider leur souveraineté financière en réduisant leur dépendance aux marchés internationaux. La Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Bénin ont eux aussi accru ces dernières années la part de leur dette intérieure, profitant de l’approfondissement progressif des marchés régionaux de titres publics. Reste que cette stratégie suppose une discipline budgétaire rigoureuse pour éviter que le recours répété aux adjudications ne se transforme en spirale de refinancement.

Concrètement, les autorités camerounaises devront veiller à allonger les maturités émises, à diversifier la base d’investisseurs et à maintenir la crédibilité de la signature souveraine sur le marché régional. La participation d’investisseurs institutionnels non bancaires, notamment les compagnies d’assurance et les fonds de pension en cours de structuration dans la zone CEMAC, constituera un levier déterminant pour absorber les volumes futurs sans saturer le secteur bancaire.

Le seuil symbolique de 12 % du PIB atteint par la dette intérieure marque ainsi une étape dans la recomposition du financement public camerounais. Il interpelle sur la soutenabilité d’un modèle dans lequel l’État devient l’emprunteur dominant d’un marché régional encore étroit. Selon Financial Afrik, le Trésor entend poursuivre cette stratégie d’ancrage domestique dans les prochains exercices.

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Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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