La liberté de la presse au Cameroun reste sous tension. Selon le dernier classement publié pour l’année 2026, le pays d’Afrique centrale se hisse à la 133e position sur 180 États évalués. Ce rang, situé dans le tiers inférieur du palmarès mondial, confirme une trajectoire préoccupante pour un secteur médiatique pourtant réputé pour son pluralisme apparent et la densité de ses titres de presse.
Un positionnement révélateur du climat médiatique camerounais
Le classement, qui hiérarchise les pays selon leur capacité à garantir un exercice libre du journalisme, prend en compte plusieurs dimensions : cadre juridique, contexte politique, environnement économique, conditions socioculturelles et sécurité des journalistes. Le 133e rang attribué à Yaoundé traduit une dégradation cumulative de ces critères, observée depuis plusieurs années par les ONG spécialisées.
Concrètement, les professionnels de l’information camerounais évoluent dans un écosystème ambivalent. D’un côté, le pays compte plusieurs centaines de titres écrits, de radios privées et de chaînes de télévision, témoignant d’une diversité médiatique réelle. De l’autre, l’exercice quotidien du métier se heurte à des obstacles documentés : poursuites judiciaires, gardes à vue, retrait de récépissés, restrictions d’accès à l’information publique.
Les fragilités structurelles du secteur
Le modèle économique de la presse camerounaise demeure l’un des points faibles du secteur. La dépendance aux annonceurs publics, la faiblesse des recettes publicitaires privées et la précarité des rédactions fragilisent l’indépendance éditoriale. De nombreux organes vivent d’aides ponctuelles et peinent à rémunérer correctement leurs journalistes, ce qui ouvre la porte à des dérives bien identifiées comme la corruption documentaire ou l’autocensure.
Le cadre légal, lui, fait l’objet de critiques récurrentes. La législation sur la cybercriminalité, adoptée en 2010, et la loi antiterroriste de 2014 sont régulièrement invoquées par les défenseurs des médias comme des outils susceptibles de viser des journalistes pour leurs publications. Plusieurs affaires judiciaires emblématiques ont mobilisé la communauté professionnelle ces dernières années, attirant l’attention internationale sur les conditions d’exercice du métier dans le pays.
La sécurité physique constitue un autre marqueur préoccupant. Le décès en détention du journaliste Samuel Wazizi en 2019, suivi du meurtre de Martinez Zogo en janvier 2023, a profondément marqué la corporation et alimenté un sentiment d’insécurité. Ces affaires ont également placé le Cameroun sous le regard des organisations internationales, lesquelles réclament des avancées tangibles en matière de protection des journalistes.
Un signal pour les pouvoirs publics et les partenaires
Le rang occupé en 2026 envoie un signal qui dépasse la seule sphère médiatique. Pour les chancelleries occidentales et les bailleurs internationaux, la liberté de la presse constitue un indicateur de gouvernance pris en compte dans l’évaluation du climat démocratique. Le positionnement camerounais pèse ainsi indirectement sur la perception du risque-pays et sur le dialogue politique avec les partenaires bilatéraux.
Les autorités, de leur côté, mettent en avant le pluralisme du paysage médiatique national et l’existence d’instances de régulation comme le Conseil national de la communication (CNC). Cette institution, chargée d’arbitrer les manquements professionnels et de veiller au respect du cadre déontologique, est régulièrement convoquée dans les débats sur la liberté éditoriale, ses sanctions étant parfois perçues comme un instrument de pression par certains acteurs du secteur.
Reste que la profession, à travers ses syndicats et ses associations, plaide pour une réforme du cadre juridique applicable au journalisme, l’effectivité de la dépénalisation des délits de presse et un meilleur accès aux sources publiques. Sans réponses concrètes sur ces dossiers, le pays risque de se maintenir durablement dans la zone basse du classement mondial. La 133e place de 2026 fait office de baromètre, et son interprétation conditionnera en partie le récit que le Cameroun pourra défendre sur la scène diplomatique. Selon Journal du Cameroun.
Pour aller plus loin
Sénégal : la neutralité du ministre de l’Intérieur en question · Gabon : un décret encadre enfin le statut des chefs de quartier · RDC : une proposition de loi sur le référendum relance le débat constitutionnel

Be the first to comment on "Liberté de la presse : le Cameroun chute au 133e rang mondial en 2026"