La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) resserre la vis sur les devises issues des industries extractives. L’institution monétaire commune aux six pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) a engagé un nouveau tour de vis réglementaire visant les compagnies pétrolières, gazières et minières opérant dans la sous-région. L’objectif affiché : reconstituer des réserves de change érodées par la volatilité des matières premières et sécuriser l’ancrage du franc CFA à l’euro.
Un cadre de change recentré sur les industries extractives
La réforme prolonge la trajectoire engagée depuis 2018, lorsque la BEAC avait mis en œuvre une réglementation des changes plus stricte pour endiguer la fuite des capitaux. Près de huit ans plus tard, la banque centrale estime que les compagnies extractives n’ont pas toutes joué le jeu du rapatriement intégral. Plusieurs majors, notamment dans les hydrocarbures, conservaient encore une part substantielle de leurs recettes d’exportation sur des comptes offshore, au nom de la couverture de leurs charges opérationnelles en devises et du remboursement de leurs prêts intragroupes.
Le nouveau dispositif resserre les délais et encadre plus strictement les comptes séquestres, ces véhicules financiers offshore que les opérateurs miniers et pétroliers utilisent pour provisionner leurs obligations futures. Désormais, les sociétés concernées devront justifier au cas par cas chaque dérogation et présenter à la BEAC un échéancier précis de leurs engagements en devises. Le gouverneur Yvan Bokar Essousse, à la tête de l’institution depuis 2024, a fait de cette discipline un marqueur de son mandat.
Reconstituer les réserves pour défendre la parité du franc CFA
L’enjeu monétaire est central. Les réserves de change de la CEMAC, qui couvrent les importations et garantissent la convertibilité du franc CFA d’Afrique centrale, ont oscillé ces dernières années autour de seuils jugés insuffisants par le Fonds monétaire international (FMI). La règle prudentielle de couverture extérieure, qui impose au minimum 20 % de réserves rapportées aux engagements à vue, exige une vigilance constante de la banque centrale. Tout fléchissement durable fragiliserait la parité fixe avec l’euro et la crédibilité du régime de change.
Le secteur extractif pèse lourd dans cette équation. Au Gabon, en Guinée équatoriale, au Congo et au Tchad, les hydrocarbures représentent l’essentiel des recettes d’exportation. Le Cameroun et la République centrafricaine complètent un ensemble dont l’équilibre extérieur dépend étroitement des flux pétroliers et miniers. Concrètement, chaque baril non rapatrié sous forme de devises sur un compte domicilié dans la zone est une recette qui échappe à la consolidation des réserves communes.
Une équation délicate avec les majors et les bailleurs
Les compagnies extractives, de TotalEnergies à Perenco en passant par les opérateurs miniers chinois, ont longtemps plaidé pour des aménagements. Leurs arguments tiennent à la nature même de leurs activités : investissements lourds en devises, dette libellée en dollars, paiements de fournisseurs internationaux. Imposer un rapatriement trop rigide pourrait, selon elles, renchérir le coût du capital et différer certaines décisions d’investissement, dans un contexte où la transition énergétique pèse déjà sur les arbitrages des majors.
La BEAC parie sur l’inverse. Pour ses dirigeants, un cadre clarifié et appliqué uniformément lèverait l’incertitude qui pesait sur les opérateurs et limiterait les négociations bilatérales informelles. La banque centrale entend également mieux articuler son action avec les autorités budgétaires nationales, qui négocient les contrats de partage de production et les conventions minières. Reste que la crédibilité du dispositif dépendra de sa capacité à sanctionner les manquements sans déstabiliser des partenariats industriels stratégiques.
Les institutions financières internationales suivent le dossier de près. Le FMI, qui accompagne plusieurs États de la zone dans le cadre de programmes pluriannuels, a fait du redressement des réserves un préalable à ses décaissements. La discipline imposée aux acteurs extractifs s’inscrit ainsi dans une logique d’ensemble, où souveraineté monétaire et soutenabilité budgétaire avancent de pair. Selon Financial Afrik, la BEAC veut faire du rapatriement intégral des devises extractives un pilier durable de la stabilité financière de la sous-région.
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