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La grève générale qui frappe les Comores depuis le 10 mai a transformé Moroni en ville suspendue. Transports à l’arrêt, rideaux baissés sur les boutiques, points de distribution d’eau désertés : l’archipel découvre l’ampleur d’un mouvement social déclenché par la hausse des prix des carburants. Dès le lundi 11 mai, les rues habituellement saturées de taxis-brousse et de minibus se sont vidées, laissant les habitants désemparés face à une économie urbaine soudain figée.
Une hausse des carburants qui met le feu aux poudres
L’élément déclencheur tient en quelques chiffres : le relèvement des prix à la pompe décidé par le gouvernement comorien a rompu un équilibre déjà précaire. Pour les chauffeurs de transport collectif, qui constituent l’épine dorsale de la mobilité dans la capitale, la mesure rogne directement des marges réduites à peu de chose. Les commerçants, eux, anticipent une répercussion sur les coûts d’approvisionnement, dans un pays où la quasi-totalité des produits manufacturés et alimentaires transite par voie maritime puis routière.
Le mouvement, présenté comme illimité par ses initiateurs, traduit un ras-le-bol qui dépasse la seule question tarifaire. Aux Comores, le pouvoir d’achat se détériore depuis plusieurs trimestres sous l’effet conjugué de l’inflation importée et de la rareté des devises. La décision d’augmenter les prix du gazole et de l’essence est intervenue sans concertation perçue comme aboutie avec les organisations professionnelles, ce qui a accéléré la radicalisation du mot d’ordre.
L’eau, nouvelle ligne de front du conflit social
Le ralliement des distributeurs d’eau, le 11 mai, a fait basculer la grève dans une autre dimension. L’approvisionnement hydrique de Moroni repose largement sur des opérateurs privés qui acheminent l’eau par camions-citernes vers les quartiers mal desservis par le réseau public. Leur immobilisation prive des milliers de foyers d’une ressource déjà rationnée, dans une capitale où les coupures sont chroniques. Le risque sanitaire devient un argument politique aux mains des grévistes, qui rappellent à l’exécutif le coût social de l’inaction.
Pour le gouvernement du président Azali Assoumani, l’équation est délicate. Maintenir la hausse des carburants relève d’un impératif budgétaire dans un pays dont les recettes publiques restent fragiles et la dette extérieure surveillée par les bailleurs. Reculer expose en revanche le pouvoir à un signal de faiblesse, à un moment où la contestation politique demeure vive après les scrutins controversés de janvier 2024. Les autorités jouent donc sur le double registre du dialogue annoncé et de la fermeté affichée.
Un test pour la stabilité d’un archipel sous tension
L’épisode rappelle la vulnérabilité structurelle de l’archipel face aux chocs énergétiques. Importatrice nette d’hydrocarbures, l’Union des Comores subit de plein fouet la volatilité des cours internationaux, sans disposer de mécanismes d’amortissement comparables à ceux de ses voisins. La Société comorienne des hydrocarbures (SCH), opérateur public en monopole, sert de courroie de transmission entre le marché mondial et la pompe locale, ce qui place chaque ajustement tarifaire au cœur d’un débat éminemment politique.
Au-delà de Moroni, la crainte d’une contagion du mouvement aux îles d’Anjouan et de Mohéli préoccupe les autorités. Une extension géographique transformerait une grève sectorielle en crise nationale, avec des effets immédiats sur la circulation des biens et l’activité commerciale. Les milieux d’affaires de la capitale évaluent déjà les pertes liées à l’interruption des livraisons et redoutent un effet durable sur la confiance des opérateurs.
Reste que les marges de manœuvre du dialogue social demeurent étroites. Les syndicats de chauffeurs réclament une révision du barème ou la mise en place de compensations ciblées, tandis que les commerçants exigent une révision de la fiscalité indirecte qui pèse sur leurs intrants. Sans concession tangible, la paralysie de Moroni pourrait s’installer dans la durée et fragiliser un peu plus une économie déjà sous contrainte. Selon RFI Afrique.
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