Maroc : l’inflation ralentit à 0,9 % sur un an en mars 2026

Colorful fruits and pastries displayed at a Casablanca street market.Photo : Abdel Achkouk / Pexels

L’inflation au Maroc s’est établie à 0,9 % en glissement annuel en mars 2026, selon la note mensuelle du Haut-Commissariat au Plan (HCP) diffusée le 22 avril. Cette progression modérée de l’indice des prix à la consommation (IPC) traduit la poursuite d’un mouvement de désinflation engagé depuis plusieurs trimestres, après les pics observés en 2022 et 2023 dans le sillage du choc énergétique mondial et de la sécheresse persistante qui avait renchéri les produits frais sur les marchés du Royaume.

Une désinflation portée par l’alimentaire

Dans le détail livré par l’institution statistique, les prix des produits alimentaires ont augmenté de 0,6 % sur un an, tandis que les produits non alimentaires progressaient de 1,1 %. Ce différentiel marque un basculement notable par rapport aux années précédentes, durant lesquelles l’alimentaire avait été le principal moteur de la hausse des prix pour les ménages marocains. La décélération observée sur les denrées de base, fruits, légumes, viandes et céréales, reflète à la fois la stabilisation des cours internationaux et l’effet de base statistique après des mois de forte volatilité.

Cette inflexion n’est pas anodine pour un pays où la facture alimentaire pèse lourdement dans le budget des foyers, en particulier dans les catégories modestes et dans les zones rurales. Le gouvernement d’Aziz Akhannouch avait multiplié ces derniers mois les mesures de soutien au pouvoir d’achat, allant des subventions ciblées aux restrictions temporaires d’exportation sur certains produits. Le repli statistique récompense partiellement ces efforts, même si les prix restent à un niveau nettement supérieur à celui d’avant 2022.

Des dynamiques contrastées dans le panier non alimentaire

La composante non alimentaire de l’IPC présente, elle, un visage plus hétérogène. Le HCP relève un recul de 0,4 % des prix de la rubrique « loisirs et culture », signe d’une demande toujours prudente dans un segment sensible à l’arbitrage des ménages. À l’inverse, la catégorie « biens et services divers » enregistre une hausse marquée de 3,5 %, soit le plus fort mouvement haussier parmi les postes suivis. Ce poste, qui agrège notamment les services financiers, d’assurance et de soins personnels, traduit la diffusion progressive des revalorisations tarifaires dans les services.

Cette asymétrie entre biens et services constitue un point d’attention pour les analystes. Elle rejoint une tendance observée dans de nombreuses économies, où la désinflation des biens manufacturés et alimentaires contraste avec une certaine rigidité des prix de services, plus sensibles aux coûts salariaux et à l’ajustement graduel des grilles tarifaires. Pour le Maroc, cette dynamique pourrait compliquer la lecture de l’inflation sous-jacente, indicateur suivi de près par la banque centrale.

Un signal clé pour Bank Al-Maghrib

La publication du HCP arrive à un moment stratégique pour le pilotage monétaire. Bank Al-Maghrib, qui a entamé depuis plusieurs mois un cycle de détente prudente après le resserrement de 2022-2023, surveille attentivement la trajectoire de l’IPC avant chaque décision de son conseil. Un chiffre inférieur à 1 % conforte l’hypothèse d’une inflation durablement maîtrisée et ouvre la voie à de nouveaux assouplissements, susceptibles de soutenir le crédit bancaire et l’investissement privé.

Pour les opérateurs économiques, la décrue offre un répit bienvenu. Les industriels marocains, confrontés ces dernières années à la hausse des intrants et à la pression sur leurs marges, peuvent espérer une stabilisation de l’environnement prix-coûts. Les exportateurs, notamment dans l’automobile, le textile et l’agroalimentaire, y verront également un facteur de compétitivité-prix face à leurs concurrents de la rive nord de la Méditerranée, où l’inflation reste globalement plus élevée.

Reste que la prudence s’impose. Les risques géopolitiques régionaux, la volatilité persistante des marchés de l’énergie et l’impact possible d’une nouvelle saison agricole défavorable pourraient rapidement inverser la tendance. Le rendez-vous d’avril, dont les chiffres seront publiés dans un mois, dira si la désinflation marocaine s’inscrit dans la durée ou relève d’un palier temporaire. Selon Financial Afrik, le HCP maintient son calendrier mensuel de diffusion de l’IPC.

Pour aller plus loin

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About the Author

Amina Ben Salem
Journaliste économique pour le Maghreb, Amina Ben Salem suit les économies algérienne, tunisienne et marocaine, ainsi que leurs liens avec l'Afrique subsaharienne. Elle analyse les politiques industrielles, la macroéconomie, les programmes de financement international et les partenariats énergétiques méditerranéens.

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